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 La véritable information est un parcours semé d’embuches...

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MessageSujet: La véritable information est un parcours semé d’embuches...   Sam 4 Juin - 10:21

La véritable information est un parcours semé d’embuches...

Dans ce nouvel épisode de « Mes chers contemporains »,
Usul s’interroge sur le rôle du journaliste dans notre société, et ce au travers
d’une figure médiatique française incontournable : David Pujadas...



~ David Pujadas et Laurent Delahousse, au cœur d'une soirée chaotique (Cyril Lacarrière, L'Opinion)(Mai 2016) ~

Les récents événements de ce printemps 2016, tels que les attentats de Bruxelles ou encore les manifestations contre la loi travail, ont été largement couverts par les médias mainstream et les réseaux d’informations alternatifs. Dans ce cadre, Usul nous invite à se pencher sur la manière dont l’information a été traitée et relayée, en revenant entre autre sur la sainte idée de « neutralité journalistique » et sur la question de la responsabilité des acteurs. Ont-ils la possibilité de s’exprimer librement ? Ou bien sont-ils soumis à des logiques systémiques de marché les contraignant à s’aligner sur l’idéologie dominante au risque de perdre leur travail ? En ces temps d’acharnement médiatique contre les manifestants de la Loi Travail et des grévistes, qualifiés de « terroristes » et de « preneurs d’otages » à chaque édition du Journal des grandes chaines de télévision, beaucoup se questionnent sur la neutralité des grands éditorialistes. Il est en effet légitime de s’intéresser aux intérêts et liens qui se sont tissés entre ces deux formes de pouvoirs impersonnels, entre le monde politico-économique et celui des faiseurs d’opinions. Comme le démontre fort bien Usul, vidéaste et chroniqueur français, à travers ce reportage de fond, la grande majorité de la presse et du service audio-visuel appartient à de grands industriels, acteurs direct de la vie économique du pays et interlocuteurs privilégiés de certains hommes politiques.

Le militant 3.0 rappelle à juste titre que les patrons de grands médias publics sont, depuis quelques années déjà, nommés par le président du CSA, lui même nommé par le chef de l’État. La collusion saute aux yeux. Dans une conjoncture houleuse pour un gouvernement, comment ne pas être alerté par ces divers conflits d’intérêts ? Par, ailleurs, comment déterminer la juste mesure quand les pontes de l’extrême droite et de la fachosphère ne cessent d’insulter l’ensemble de la profession de « Journalopes » sans aucune nuance ou critique sociologique des médias. Les journalistes sont-ils réellement des corrompus qui pervertissent consciemment l’information ? Il apparaît que la réalité est un peu plus complexe et pragmatique et nécessite d’analyser la situation plus loin que l’obsession de la critique du financement. En effet, et comme Usul s’emploie à le souligner avec une approche sociologique rationnelle, l’argument de la corruption des acteurs n’explique pas tout. Bien au contraire, en simplifiant le réel, elle nous rends aveugle face au poids des structures et du conditionnement qui pèse sur chaque acteur médiatique, les empêchant implicitement de mener toute critique rationnelle du pouvoir. Dans ce terreau fertile où les individus sont naturellement porté à encenser les institutions qui les nourrissent, les complots « gauchistes » et autres fabulations « judéo-maçonniques » pullulent sur les sites de pseudo réinformation, vous proposant, dans la plus grande malhonnêteté intellectuelle, de vous « révéler » la vérité.


~ Les médias d'aujourd'hui, la 'qualité' de leur travail et leur remise en cause nécessaire... (Thinker View via FYI)(Février 2016) ~

À l’opposé de cette démarche, Usul (comme l’ont fait de grands sociologues avant lui) dresse ici un portrait des réalités et contraintes institutionnelles dans lesquelles sont plongés les journalistes. Peuvent-ils garantir un travail juste, impartial et argumenté tout en étant soumis au productivisme et à la course effrénée derrière l’audimat ? Sont-ils libres de tout dire quand des pontes du CAC40 ou un quelconque représentant politique tiennent leur future carrière entre leurs mains ? Il semblerait que non, comme en témoigne chaque jour l’observatoire critique des médias ACRIMED qui s’occupe d’analyser les procédés de distorsion de l’information. Si les médias de masse peuvent apparaître comme des instruments politiques au service d’une propagande électorale visant à modeler l’opinion plutôt qu’à la refléter, il convient toutefois de s’arrêter sur les conditions de production de cette information. Dans une logique de rendement, les décideurs recherchent le spectaculaire. Très vite, c’est la forme (la surface des choses) qui dicte l’information au détriment de tout débat de fond sur l’actualité. Cette logique de marché impose à tous les journalistes de s’adapter s’ils ne veulent pas être remplacés par des éléments plus dociles et moins soucieux de produire une information de qualité, probablement moins virale, donc moins rentable. Cela a un impact direct sur leur ligne éditoriale, c’est à dire sur le traitement même de l’information. Au même titre que des secteurs de la consommation de masse, les mass-médias passent en mode low-cost, entendez, brader la qualité au profit des chiffres.

À ce stade, il nous paraîtrait bien imprudent de parler de liberté de la presse sans quelques guillemets… surtout lorsqu’en définitive, l’objectivité se construit toujours par rapport à une idéologie particulière, partiale, et en l’occurrence, majoritairement orientée en direction de l’opinion hégémonique. Comme nous l’explique brillamment ce récent reportage indépendant, Le Journaliste (David Pujadas), le débat social n’est pas déterminé par les événements eux mêmes, mais par la manière dont ceux-ci sont relatés et donc intégrés à l’imaginaire collectif. Déconstruire les procédés rhétoriques de l’objectivité dans l’analyse médiatique nous permet de mettre en lumière un traitement de l’information partial et orienté en direction d’intérêts particuliers et vers la perpétuation des structures existantes. En pratique, les temps de diffusion sont majoritairement accordés à des sujets consciencieusement sélectionnés pour créer une opinion (le plus souvent racoleurs, alarmants ou rassurants) plutôt qu’à d’autres jugés plus marginaux/dérangeants. De même, les témoignages sont triés de manière à refléter un biais politique qui bénéficie à la structure. Enfin, la hiérarchisation de l’information, dans une logique de marché, a pour conséquence la sur-représentativité de certaines figures politiques ou industrielles, généralement pour appuyer une ou l’autre opinion des syndicats patronaux. Autant d’éléments qui justifient nos doutes quant au mythe du journalisme libre et indépendant, garant de l’intérêt commun.

Quand on assimile les nuances qui déterminent les choix éditoriaux, on réalise que mêmes les médias alternatifs sont soumis à nombre de ces biais et répondent trop souvent aux mêmes règles de l’audimat si pas d’objectifs partisans. De toute évidence, un média indépendant, essentiellement financé par ses lecteurs, échappe à nombre de ces influences économiques sans pour autant échapper au poids de sa propre structure. La véritable information est donc un parcours semé d’embuches. Ainsi, l’important est d’éduquer le spectateur dans la sélection de ses sources d’informations et dans la lecture intelligente de celles-ci. Survient alors une question simple : à qui voulons-nous « vendre » notre temps de cerveau disponible ?


~ Le Journaliste (David Pujadas)(Chaîne YT de Usul2000)(Mai 2016) ~

Mr Mondialisation

Source de l'article : David Pujadas : journaliste ou faiseur d’opinion ? (Mr Mondialisation)(Juin 2016)

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