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 Le réveil de l'Eurasie au XXIème siècle...

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MessageSujet: Le réveil de l'Eurasie au XXIème siècle...   Sam 7 Juin - 11:48

Le réveil de l'Eurasie au XXIème siècle...

Un fantôme hante Washington, la vision inquiétante d’une alliance sino-russe
combinée avec une symbiose de commerce et d’échanges de biens en expansion à travers
la majeure partie du continent eurasiatique aux dépens des Etats-Unis d’Amérique.



~ Pays émergents : Le nouveau visage du monde (Jean Yves Naudet, Libre.org) ~

Et ce n’est pas une surprise que Washington soit inquiet. Cette alliance existe déjà de diverses manières : à travers le groupe des BRICS de puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ; dans l’Organisation de Coopération de Shanghai, le contrepoids asiatique à l’OTAN ; au sein du G20 et les membres de 120 nations à travers le Mouvement de non Alignés (NAM). Le commerce et l’échange de biens sont seulement une partie du pacte futur. Les synergies dans le développement de nouvelles technologies militaires retiennent aussi l’intérêt. A la vue du style Star wars du système ultrasophistiqué de défense aérienne antimissile russe prêt pour 2018, Pékin en veut une version. Pendant ce temps, la Russie est sur le point de vendre des douzaines de Sukhoi Su-35 de dernière génération aux chinois alors que Pékin et Moscou vont sceller une coopération dans le domaine de l’industrie aéronautique.

~ Actualités Su-35 (Le Journal de l'Aviation) ~

Les premiers vrais feux d’artifice de la célébration d’un nouveau siècle eurasiatique en gestation se sont vus quand le président russe Vladimir Poutine a rendu visite au président chinois Xi Jinping à Pékin. Vous vous souvenez du « Ductistan » : tous ces oléoducs et gazoducs clés qui croisent de droite à gauche l’Eurasie pour former le vrai système circulatoire de la vie de la région. Cet accord de Ductistan a été signé pour un montant de 400 Milliards de dollars et 10 ans de préparation. Dans cet accord le géant énergétique russe contrôlé par l’État, Gazprom, acceptera de fournir China National Petroleum Corporation (CNPC), le géant contrôlé par l’État, 3 750 milliards de pieds cubiques (soit 106 200 Milliards de mètres cubes) quotidiens de gaz naturel liquide pendant au moins par 30 ans, à partir de 2018. C’est l’équivalent d’un quart des exportations de gaz de la Russie vers toute Europe. L’actuelle demande quotidienne de gaz de la Chine est environ de 16 Milliards de pieds cubiques (soit 4 530 Milliards de mètres cubes) quotidiens et l’importation couvre 31,6 % de la consommation totale.

Il est possible que Gazprom reçoive encore la principale partie de ses bénéfices de l’Europe, mais l’Asie pourrait être son Everest. La compagnie utilisera cette méga affaire pour augmenter les investissements en Sibérie orientale et toute la région sera aussi reconfigurée comme un centre privilégié de distribution de gaz pour le Japon et la Corée du Sud. Si vous voulez savoir pourquoi aucun pays clef de l’Asie n’a été disposé à « isoler » la Russie au milieu de la crise ukrainienne, tout en défiant le gouvernement d’Obama, il ne faut pas chercher au-delà du Ductistan.

~ Fin du Gaz de schiste, le nouveau rêve américain anéanti (Le Veilleur) ~

Puis, en parlant d’inquiétude à Washington, il faut considérer le sort du pétrodollar, ou plutôt la possibilité « thermonucléaire » que Moscou et Pékin se mettent d’accord pour le paiement de l’accord Gazprom-CNPC non en pétrodollars mais en yuans chinois. On peut difficilement imaginer un glissement plus tectonique, avec le croisement du Ductistan et une coopération croissante politico-économico-énergétique sino-russe. À côté, apparaît, la possibilité future d’une impulsion, dirigée de nouveau par la Chine et la Russie, vers une nouvelle monnaie de réserve internationale, en réalité un panier de monnaies, qui remplacerait le dollar (du moins dans les rêves optimistes de membres des BRICS). Juste après le sommet décisif sino-russe viendra un sommet des BRICS au Brésil en juillet. Cela quand la banque de développement des BRICS de 100 milliards de dollars, annoncée en 2012, verra officiellement le jour comme alternative potentielle au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque Mondiale comme source de financement des projets pour le monde en développement.

Le « gaz-o-yuan » reflète plus qu’une coopération des BRICS pour esquiver le dollar, comme dans le cas du gaz naturel acheté et payé en devise chinoise. Gazprom envisage même d’émettre des titres en yuans comme moyen de planification financière de son expansion. Des titres en yuans sont déjà échangés à Hong Kong, à Singapour, à Londres et plus récemment Francfort. Rien ne pourrait être plus sensé pour le nouvel accord de Ductistan que de le libeller en yuans. Pékin paierait Gazprom dans cette monnaie (convertissable en roubles) ; Gazprom accumulerait les yuans et la Russie achèterait alors la myriade de biens et de services faits en Chine en yuans convertissables en roubles. C’est connu que les banques de Hong-Kong, de la Standard Chartered à la HSBC, ainsi que d’autres étroitement liées à la Chine par des accords commerciaux, se sont diversifiées en Yuans, ce qui implique qu’il pourrait devenir l’une des monnaies de réserve de facto avant d’être totalement convertible (Pékin travaille officieusement à un yuan totalement convertible en 2018).

~ Le yuan, bientôt concurrent numéro un du dollar ? (Ria Novosti) ~

L’accord sino-russe sur le gaz est lié de façon inextricable à la relation énergétique entre l’Union Européenne (UE) et la Russie. Après tout, la principale part du PIB russe provient des ventes de pétrole et de gaz, ainsi que son influence sur la crise de l’Ukraine. De son coté, l’Allemagne dépend de la Russie pour un lourd 30 % de son approvisionnement en gaz naturel. Cependant, les impératifs géopolitiques de Washington, nourris par l’hystérie polonaise, ont mené à pousser Bruxelles à trouver des façons de « punir » Moscou dans la future sphère énergétique (mais sans mettre en danger les relations actuelles dans le domaine de l’énergie). Il y a des rumeurs persistantes à Bruxelles ces jours-ci sur l’annulation possible du gazoduc South Stream, projet de 25 milliards d’euros, dont la construction devrait commencer en juin. Une fois terminé, il devrait pomper encore plus de gaz naturel russe vers l’Europe, dans ce cas sous la mer Noire (en évitant l’Ukraine) par la Bulgarie, Hongrie, Slovénie, Serbie, Croatie, Grèce, en Italie et Autriche. La Bulgarie, la Hongrie et la République Tchèque ont déjà fait comprendre qu’ils sont fermement opposés à toute annulation. Et probablement l’annulation n’est pas à l’ordre du jour. Après tout, l’alternative unique évidente est le gaz de la mer Caspienne de l’Azerbaidjan, et cela ne surviendra pas à moins que l’UE développe ses propres projets de construction.

En tous cas, l’Azerbaidjan n’a pas la capacité de fournir les besoins en gaz naturel et d’autres acteurs comme le Kazakhstan, marqué par des problèmes d’infrastructure, ou le Turkménistan peu fiable, qui préfère vendre son gaz à la Chine, sont déjà hors du tableau. Et il ne faut pas oublier que South Stream, combiné avec des projets énergétiques subsidiaires, va créer de nombreux emplois et investissements dans plusieurs pays de l’UE parmi plus dévastées économiquement. Malgré tout, de telles menaces de l’UE, bien qu’irréalistes, servent seulement à accélérer la symbiose croissante de la Russie avec les marchés asiatiques. Pour Pékin en particulier, c’est une situation gagnant-gagnant. Après tout, il n’y a pas de comparaison entre une énergie fournie à travers des mers surveillées et contrôlées par la marine de guerre des Etats-Unis d’Amérique et des routes terrestres stables et permanentes depuis la Sibérie.

~ Le pipeline sino-russe : vers le déclin de la domination occidentale ? (Roxane Cyrenne, Perspectives) ~

Certes, le dollar US continue d’être la première monnaie de réserve, représentant 33 % des échanges mondiaux à la fin de 2013, selon le FMI. Cependant, le montant était de 55 % en 2000. Personne ne connaît le pourcentage en yuans (et Pékin ne communique pas), mais le FMI remarque que les réserves « d’autres monnaies » sur les marchés émergents ont augmenté de 400 % depuis 2003. On peut dire que la Fed « monétise » 70 % de la dette du Gouvernement US afin d’essayer d’empêcher que les taux d’intérêt s’envolent. Le conseiller du Pentagone Jim Rickards, comme tout banquier basé à Hong Kong, tend à croire que la Fed est en faillite (bien qu’ils ne le diront pas officiellement). Personne ne peut arriver à imaginer la dimension du futur déluge possible dont le dollar pourrait souffrir au milieu d’un Mont Ararat de 1,4 trillions de dérivés financiers. Il ne faut pas penser qu’il s’agirait de la fin du capitalisme occidental, néanmoins, seulement la décadence de la foi économique régnante, du néolibéralisme, qui est encore l’idéologie officielle des US, de la majorité écrasante de l’Union Européenne et de certaines parties de l’Asie et de l’Amérique du Sud.

En ce qui concerne ce que l’on pourrait appeler le « néolibéralisme autoritaire » de l’Empire du Milieu : qu’est-ce qui peut ne pas plaire pour le moment ? La Chine a démontré que c’est le résultat d’une alternative orientée du modèle capitaliste « démocratique » occidental pour des nations qui veulent réussir. C’est de construire pas une, mais une myriade de, nouvelles Routes de Soie, des connexions massives de chemins de fer à grande vitesse, de ports, et des réseaux de fibres optiques, de pipelines à travers des parties immenses de l’Eurasie. Celles-ci incluent une route du Sud-est Asiatique, une route de l’Asie centrale, une « route maritime » de l’océan indien et même un chemin de fer à travers de l’Iran et de la Turquie qui arrive à l’Allemagne.

En avril, quand le président Xi Jinping a s’est rendu à Duisburg au bord du Rhin, avec le plus grand port du monde dans les terres et directement au cœur de l’industrie de l’acier de la Ruhr en Allemagne, il a fait une proposition audacieuse : on devrait construire une nouvelle « une Route économique de la Soie » entre la Chine et l’Europe, sur la base du chemin de fer Chongqing-Xinjiang-Europe qui va déjà de la Chine au Kazakhstan, ensuite à travers de la Russie, la Biélorussie, la Pologne, et finalement l’Allemagne. C’est 15 jours en train, 20 jours de moins que les cargos naviguant depuis le littoral oriental de la Chine. Cela représenterait le dernier tremblement de terre décisif géopolitique en terme d’intégration de la croissance économique à travers de l’Eurasie. Il faut rappeler que, s’il n’y a pas de changements radicaux, la Chine est sur le point de se convertir, et de se maintenir, comme puissance économique globale numéro un, une position dont elle a joui pendant 18 des 20 derniers siècles. Mais ne le dites pas aux hagiographes de Londres, ils croient encore que l’hégémonie US durera éternellement.

~ Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera (Alain Peyrefitte via Persée) ~

Malgré de graves problèmes financiers récents, les pays du BRICS ont délibérément travaillé à devenir une antithèse de l’original G8, après avoir expulsé la Russie en mars, à nouveau un Groupe de 7 soit le G7. Ils sont impatients de créer une nouvelle architecture mondiale pour remplacer celle qui a été imposée après la Deuxième Guerre mondiale et se considèrent comme un défi potentiel au monde « exceptionaliste » et unipolaire que Washington imagine pour notre avenir (avec lui même comme robocop mondial et l’OTAN comme sa force robocop). L’historien et animateur impérialiste Ian Morris dans son livre « War ! What is it Good For » ?, a défini les USA comme le « globocop » (gendarme mondial) décisif et « le dernier meilleur espoir de la Terre ». Si ce globocop « se fatigue de son rôle », écrit-il, « il n’existe pas de plan B ». Eh bien, un plan BRICS existe, ou du moins c’est ce que les BRICS aimeraient croire. Et quand les BRICS agissent dans cet esprit sur la scène mondiale, ils évoquent rapidement un mélange curieux de crainte, hystérie et de combativité dans l’establishment de Washington. Prenons Christopher Hill comme exemple. L’ex secrétaire d’État adjoint pour l’est de l’Asie et ambassadeur US en Irak est maintenant conseiller de l’Albright Stonebridge Group, une entreprise de consulting très liée à la Maison Blanche et au Département d’État. Quand la Russie était « à terre et hors jeu », Hill avait l’habitude de rêver d’un « nouvel ordre mondial » sous hégémonie US. Maintenant, que ces russes peu reconnaissants ont méprisé ce que « l’Occident leur offrait », c’est-à-dire « un statut social spécial avec l’OTAN, une relation privilégiée avec l’Union Européenne et une coopération internationale dans des efforts diplomatiques », ils sont, à son avis , entrain d’essayer de ressusciter activement l’empire soviétique. Traduction : si vous n’êtes pas des vassaux, vous êtes contre nous. Bienvenus dans la Guerre Froide 2.0.

Le Pentagone a sa propre version de cela, dirigée pas tant contre la Russie que contre la Chine qui, son think-tank sur les guerres futures l’affirme, est déjà en guerre avec Washington par de nombreuses façon. Par conséquent, si ce n’est pas l’Apocalypse maintenant, ce sera l’Armageddon demain. Et il va sans dire que pour toute chose qui va mal, tandis que le gouvernement d’Obama « pivote » de visu vers l’Asie et les médias US se gargarisent d’ une renaissance de la « politique de contention » de l’ère de la Guerre Froide dans le Pacifique, c’est la faute de la Chine. S’enfonçant dans une folle précipitation vers la Guerre Froide 2.0, quelques faits risibles se font jour sur le terrain : le gouvernement US, avec 17 500 milliards de dollars de dette, envisage un affrontement financier avec la Russie, le plus grand producteur mondial d’énergie et importante puissance nucléaire, de même qu’il promeut aussi un encerclement économique militairement insoutenable autour de son plus grand créancier : La Chine. La Russie affiche un important excédent commercial. Les gigantesques banques chinoises n’auront aucun problème pour aider les banques russes si les fonds occidentaux s’épuisent. En termes de coopération inter-BRICS, peu de projets dépassent l’oléoduc de 30 milliards de dollars qui est planifié et qui s’étendra de la Russie vers l’Inde à travers le nord-ouest de la Chine.

~ "L'émergence pacifique" de la Chine dans le monde (Sénat) ~

Les compagnies chinoises discutent déjà avec empressement de la possibilité de participer à la création d’un couloir de transport de la Russie vers la Crimée, ainsi que d’un aéroport, un chantier naval, et un terminal de distribution de gaz naturel liquide sur place. Et une autre tactique « thermonucléaire » est en cours : la naissance d’un équivalent pour le gaz naturel de l’Organisation de Pays exportateurs de Pétrole qui inclurait la Russie, l’Iran, et comme on le dit le mécontent allié des US, le Qatar. Le (tacite) plan à long terme des BRICS implique la création d’un système économique alternatif qui inclut une corbeille de monnaies adossés à l’or qui laisserait de côté l’actuel système financier mondial centré sur les USA (ce n’est pas une surprise que la Russie et la Chine accumulent tout l’or possible). L’euro, une monnaie saine adossée sur de grands marchés de titres liquides et d’immenses réserves d’or, serait aussi la bienvenue.

Ce n’est pas un secret à Hong Kong que la Bank of China a utilisé un réseau SWIFT parallèle pour réaliser toute sorte de commerce avec Téhéran, qui est placé sous un régime dur de sanctions de la part des États-Unis d’Amérique. Comme Washington manie Visa et Mastercard comme armes dans une campagne croissante dans le style Guerre Froide contre la Russie, Moscou se propose à mettre en œuvre un système alternatif de cartes de paiement et de crédit qui ne soit pas contrôlé par l’industrie financière occidentale. Un chemin plus facile encore serait d’adopter le système chinois d’Union de Paiements dont les opérations ont déjà dépassé American Express en volume global. Il est probable qu’aucun « des pivots » du gouvernement d’Obama vers l’Asie puissent contenir la Chine (et la menacer à travers le contrôle des voies maritimes de l’énergie par la Marine de guerre US) réussisse à ce que Pékin s’éloigne de sa stratégie dite de « développement pacifique », inspirée de Deng Xiaoping, ayant l’intention de devenir une puissance commerciale mondiale.

Pas plus que le déploiement avancé de troupes US ou de l’OTAN en Europe Orientale et d’autres actes de style Guerre Froide ne dissuaderont Moscou d’un soigneux jeu d’adresse : s’assurer que la sphère d’influence russe en Ukraine demeure forte sans compromettre le commerce et les échanges, ainsi que les liens politiques avec l’Union Européenne, surtout, avec l’associé stratégique, l’Allemagne. C’est le Saint Graal de Moscou : une zone de libre-échange de Lisbonne à Vladivostok qui se reflète, (pas par hasard), dans le rêve chinois d’une nouvelle Route de la Soie jusqu’à l’Allemagne. Pour sa part, Berlin, de plus en plus vigilante au sujet de Washington, déteste l’idée que l’Europe soit attrapée dans les griffes d’une Guerre Froide 2.0. Les dirigeants allemands ont des problèmes plus importants, y compris la tentative de stabiliser une UE branlante tandis qu’il faille éviter une faillite économique en Europe méridionale et centrale et l’avancée des partis de droite de plus en plus extrémistes.

~ « Le risque d’une division de l’Europe est réel » (Frank-Walter Steinmeier, Missions allemandes en France) ~

De l’autre côté de l’Atlantique, le président Obama et ses hauts fonctionnaires donnent vraiment l’impression à se trouver pris dans leurs propres pivots, vers l’Iran, vers la Chine, vers les zones frontalières orientales de la Russie, et (inaperçus) vers l’Afrique. L’ironie de toutes ces manœuvres, militaires pour commencer, est qu’en réalité elles aident à ce que Moscou, Téhéran et Pékin renforcent leur propre stratégie en Eurasie et dans d’autres lieux, comme cela se voit en Syrie ou, fondamentalement dans plus d’accords énergétiques. Ils aident à renforcer aussi la coopération croissante stratégique entre la Chine et l’Iran. L’incessant discours du « ministère de la vérité » de Washington sur tous ces événements ignore soigneusement maintenant le fait que sans Moscou, l’ « Occident » ne se serait jamais assis pour discuter un accord nucléaire définitif avec l’Iran ou n’aurait obtenu un accord de désarmement chimique de Damas.

Quand les disputes entre la Chine et ses voisins de la Mer du Sud de la Chine et entre ce pays et le Japon sur les îles Senkaku/Diaoyou s’ajouteront à la crise de l’Ukraine, la conclusion inévitable sera que la Russie et la Chine considèrent que leurs zones frontalières et voies de navigation maritime sont propriété privée et ne vont pas accepter tranquillement les défis, qu’ils soient liés à une expansion de l’OTAN, un encerclement militaire US, ou aux boucliers anti-missiles. Ni Pékin, ni Moscou, ont un penchant pour la forme usuelle d’expansion impérialiste, malgré la version des événements qui est actuellement donnée au public occidental. Leurs « lignes rouges » continuent d’être de nature essentiellement défensive, et peu importe les intimidations utilisées pour les protéger. Quel que soit ce que Washington veut, craint ou essaie d’empêcher, les faits sur le terrain suggèrent que dans les prochaines années Pékin, Moscou, et Téhéran s’approcheront, lentement mais sûrement, créant un nouvel axe géopolitique en Eurasie. Pendant ce temps, les USA perplexes, semblent complices dans la déconstruction de leur propre ordre mondial unipolaire, tandis qu’ils offrent aux BRICS une véritable occasion d’essayer de changer les règles du jeu.

~ BRICS : un nouveau système en marche (Follow Your Intuition) ~

Dans le monde des think-tanks de Washington, a été renforcée la conviction de que le Gouvernement Obama devrait se focaliser dans une réédition de la Guerre Froide grâce à une nouvelle version de la politique de contention pour « limiter le développement de la Russie comme puissance hégémonique ». La recette : armer les voisins des États de la Mer Baltique pour « contenir » la Russie. La Guerre Froide 2.0 existe parce que du point de vue des élites de Washington la première n’a jamais réellement pris fin. Cependant, tout autant que les USA peuvent lutter contre l’émergence d’un monde multipolaire, avec des puissances multiples, les faits économiques sur le terrain montrent régulièrement de telles tendances. La question demeure : le déclin de l’Hégémonie sera-t-il lent et raisonnablement ou entraînera t-il avec lui le monde entier dans ce qui a été appelé l’option « Samson » ? Tandis que nous contemplons le déroulement du spectacle, sans que le coup final soit en vue, il faut rappeler qu’une nouvelle force grandit en Eurasie et que l’alliance stratégique sino-russe menace de dominer sa région vitale loin de ses contours. Maintenant c’est un cauchemar aux proportions « Mackinderesques » du point de vue de Washington. Il faut penser, par exemple, à comment le verrait Zbigniew Brzezinski, l’ex-conseiller national à sécurité, devenue un mentor dans la politique mondiale du président Obama.

Dans son livre de 1997 « The Grand Chessboard », Brzezinski argumente que « la lutte pour la primauté mondiale continuera à se jouer » sur l’ « échiquier » de l’Eurasie, dont « l’Ukraine était un pivot géopolitique ». « Si Moscou récupère le contrôle de l’Ukraine », a-t-il écrit alors, la Russie « récupérera automatiquement les moyens pour devenir le puissant État impérial, embrassant l’Europe et l’Asie ». Ceci demeure le principal soutien rationnel à la politique impériale de contention US, des voisins européens de la Russie à la Mer du Sud de la Chine. Cependant, sans une fin de partie à l’horizon, il faut garder l’œil sur un virage de la Russie vers l’Asie, la Chine pivotant de par le monde et les BRICS travaillant intensément à la tentative de réaliser un nouveau Siècle Eurasiatique.
Pepe Escobar
~ Traduit de l’anglais pour El Correo par Estelle et Carlos Debiasi ~

Source originale de l'article : China pivot fuels Eurasian century (Asia Times)

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MessageSujet: La Russie et la Chine intensifient leur coopération...   Sam 21 Juin - 10:03

La Russie et la Chine intensifient leur coopération...

Les accords signés au cours de la dernière visite de Vladimir Poutine à Pékin
en sont une preuve. Les relations économiques entre la Russie et la Chine ne se limitent pas
au contrat à long terme sur les livraisons du gaz



~ Un Conseiller de Poutine propose une « Alliance Anti-Dollar » pour mettre fin aux agressions des Etats-Unis. (Zero Hedge via Le Grand Soir) ~

Il n'y a pas que le gaz qui intéresse la Chine en Russie. Moscou et Pékin se sont mis d'accord sur la coopération dans la sphère de l’industrie automobile. Il s'agit de la fabrication des voitures légères et des camions. Les deux pays ont également mis en place des projets d'exploration commune de l'espace, créé ensemble une agence internationale indépendante de notation, et des projets d’infrastructure, résume le vice-directeur de l'Institut d'Extrême-Orient de l'Académie des Sciences de Russie Andreï Ostrovski. « Pendant la dernière visite de Vladimir Poutine à Shanghai, une cinquantaine de projets ont été signés. Il s'agit avant tout des projets d'infrastructure sur le territoire de l'Extrême-Orient et de la Sibérie. Ainsi, la société Huawei va installer les réseaux de télécommunication le long de l'itinéraire qui passe par la région de Magadan, la presqu'île de Kamtchatka et l'île Sakhaline. » L'Extrême-Orient russe est la région prioritaire pour les investissements chinois. En outre, la RPC est aussi l'un des premiers pays à avoir affirmé officiellement sa volonté de participer au développement de l'infrastructure en Crimée, explique le chef du Centre des études russo-chinoises de l'Université de Moscou Evgeny Zaïtsev. « La République populaire de Chine s’intéresse au port situé près de la ville d’Eupatoria en Crimée. C'est un projet sérieux qui reflète le désir de la Chine de résoudre le problème alimentaire sur son territoire par les importations venant d'Ukraine et son exportation en Chine. »

~ La Chine se tourne vers la Crimée et se montre indépendante vis-à-vis des Etats-Unis (expert, Ria Novosti) ~

La construction d'un nouveau terminal portuaire de 25 mètres de profondeur est prévue à 25 kilomètres d’Eupatoria. Ce port pourrait devenir une véritable plaque tournante du commerce maritime en Crimée. La première étape du projet (dont la valeur s'élève à 3 milliards de dollars) comprendra la construction d'un port-hub en eaux profondes, capable de recevoir une quantité importante de marchandises. En outre, il est prévu de construire des terminaux pour le blé et les charges mouvantes d'une capacité allant jusqu’à 20 millions de tonnes. A la deuxième étape, il est prévu de construire un aéroport, un terminal pour le gaz naturel liquéfié et un chantier naval. Cela nécessitera 7 milliards de dollars supplémentaires. L’Empire du Milieu s'intéresse aussi au projet de construction d'un pont dans le détroit de Kertch entre la presqu'île de la Crimée et la région de Krasnodar. Le plus important, c’est que ces projets vont aider à créer les conditions nécessaires pour la coopération des petites et moyennes entreprises, souligne Evgueni Zaïtsev. « Il ne s’agit pas seulement de projets immenses que la Russie réalise avec la Chine. A l’étape présente, le plus important, c’est la réalisation de la série de projets de moyenne et de petite envergure. Ensuite, des négociations pourront avoir lieu.»

~ La Russie et la Chine provoquent un boom de construction des gazoducs en Asie (Vladimir Fiodorov, La Voix de la Russie) ~

L'intensification des liaisons ferroviaires et routières dans l'espace eurasien de la Russie permettra de réduire 7 à 10 fois le temps de la livraison des marchandises, permettant à la Russie de devenir un grand centre logistique de l'Europe à l'Asie.
Tatiana Golovanova
Source de l'article : La Russie et la Chine intensifient leur coopération (La Voix de la Russie)

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MessageSujet: Le cauchemar de Washington se précise: Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine s’étend...   Ven 17 Oct - 16:27

Le cauchemar de Washington se précise:
Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine s’étend


Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine
(Russia-China Strategic Partnership, alias RCSP), dont les bases avaient été jetées en 1996,
constitue le point d’ancrage de l’Eurasie dans le 21e siècle.



~ La Chine et la Russie peuvent-elle extirper Washington de l'Eurasie ? (Pepe Escobar, Tom Dispatch) ~

Jamais jusqu’alors les acteurs des deux continents n’avaient entretenu une relation politique si proche, le seul rival du RCSP étant les USA par l’intermédiaire de leurs alliances militaires privilégiées avec l’Otan, les monarchies du Golfe et le Japon. Dans cette lutte du siècle pour le supercontinent, l’interaction entre le RCSP et les États-Unis va définir la politique mondiale. Les media occidentaux ont fait beaucoup de bruit autour du RCSP, certains le présentant comme une remise en cause du consensus autour de Washington et d’autres le dépeignant comme rien d’autre qu’une dépendance accrue de Moscou à l’égard de Pékin. Les premiers claironnent souvent leur point de vue dans le but d’effrayer les Américains et de justifier l’agression de leur gouvernement contre la Russie et la Chine, tandis que les seconds alimentent une campagne de désinformation destinée à faire éclater en morceaux l’unité entre la Russie et la Chine. Ce n’est que rarement que le RCSP est mentionné comme une mise en garde à l’égard des États-Unis pour les inviter à mettre de l’eau dans leur vin, ce qui est la voie la plus responsable pour présenter ce développement à l’électeur occidental.

Le but de cet article est de montrer que le RCSP est en train de devenir une réalité à l’échelle du monde entier, la manifestation du cauchemar de Washington, et qu’il s’étend au-delà de l’Eurasie, vers l’Afrique du Nord et l’Amérique Latine. Le RCSP cherche indiscutablement à remettre en cause l’ordre occidental, mais uniquement dans le but d’aider à passer à un monde multipolaire, un but vers lequel les deux pays avaient déjà affiché leur solidarité dès 1997. La réticence des États-Unis à reconnaître les mouvements tectoniques qui ont eu lieu depuis lors, et leur insistance à prolonger cet état unipolaire dépérissant, sont les principales raisons de la déstabilisation mondiale actuelle. Malgré ce que tentent d’obtenir les détracteurs par la peur et les distracteurs par la tactique de la division, le RCSP est paisible, sur la défensive, et plus uni que jamais. En explorant les confluences de la politique russo-chinoise dans les domaines clés de l’Eurasie et au-delà, cet article prouve que le RCSP est vivant et en pleine croissance, et qu’il contribue activement à orienter le monde vers un état multipolaire.

Les fondements politiques du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine


~ Consolidation du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine (Paix et Développement) ~

Avant d’entrer dans les détails de l’action géopolitique du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, il faut identifier les fondements politiques sur lequel il repose. Il s’agit d’une définition des rôles respectifs que joueront la Russie et la Chine, les bases de leur coopération et les objectifs institutionnels qu’elles se donneront pour restructurer l’ordre international.

La Russie comme contrepoids politico-militaire, la Chine pour ses perspectives économiques

Dans la division du travail entre les deux partenaires, il a été convenu que la Russie servira de contrepoids militaire et politique à l’influence américaine, permettant aux grandes puissances, États émergents et entités diverses de ne pas être obligés de choisir systématiquement entre influence américaine et influence chinoise. On va montrer comment la Russie travaille en parfaite intelligence avec la Chine de manière à s’assurer qu’elle remplit son rôle de contrepoids dans le sens de leurs objectifs stratégiques communs. La Chine, de son côté, en passe de devenir cette année la première puissance économique du monde pour ce qui est de la Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), au détriment des USA, est l’économie dominante des pays en voie de développement. Ses relations fortes et privilégiées par lesquelles elle développe ses investissements dans l’agriculture et les services en Afrique, en Amérique Latine et dans les états de la ceinture de perles, font d’elle la porte d’entrée offrant d’importants débouchés et d’utiles relations à l’économie russe, particulièrement dans le cadre des récents développements (récentes sanctions). Ainsi, que la Russie puisse jouer un rôle favorable (pour la Chine) de contrepoids dans les domaines militaires et politiques dans les régions d’importance stratégique, et que réciproquement la Chine puisse jouer un rôle favorable pour assister (la Russie) dans le domaine commercial via ses contacts existants et son réseau de relations (forme la base de ce partenariat).

Le tandem ainsi réalisé est, bien évidemment, loin d’être parfait, pas plus que sa mise en pratique stratégique à travers le monde, mais c’est la théorie générale de leur approche « main dans la main ». La Russie est le contrepoids et la Chine est la porte d’entrée. Plus on s’éloigne de ces deux états, par exemple au Moyen-Orient et en Amérique Latine, plus les purs objectifs multipolaires et la coordination rapprochée entre ces deux pays sont visibles ; de même plus on se rapproche de ces deux nations clefs eurasiatiques plus la complexité de cette relation apparaît et plus elle peut devenir difficile à comprendre.


~ L’originalité du projet euroasiatique... (Histoire et Société) ~

Le berceau de la coordination

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS en français, SCO en anglais) constitue le berceau où est né et s’est développé le RCSP. Fondée en 1996 par les Cinq de Shanghai, l’OCS a été refondue en 2001 avec l’intégration de l’Ouzbékistan. Depuis, elle a commencé à coopérer avec cinq autres pays (Mongolie, Inde, Pakistan, Afghanistan, Iran). Et elle dialogue aussi avec le Sri Lanka, la Turquie et la Biélorussie. Tous ces pays sont dans l’orbite immédiate du RCSP, que la Russie ou la Chine y exerce une forte influence à divers niveaux. L’OCS a établi encore les fondations du RCSP en déclinant les objectifs que devait se donner le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine : lutte contre le terrorisme, le séparatisme, l’extrémisme sous toutes leurs formes, incluant les révolutions de couleur impulsées par les USA. Concomitamment, les Américains ont étendu à tous ces pays leurs campagnes de déstabilisation et de domination inaugurées en Eurasie. Les USA représentent donc un risque existentiel pour la Russie et la Chine, mais aussi les autres membres de l’OCS. On notera également que l’OCS organise régulièrement des manœuvres militaires communes entre ses membres.

Les BRICS, bastion institutionnel

La conséquence la plus visible du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est d’avoir conduit les deux pays à se présenter sous forme d’une force intégrée au sein du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Vladimir Poutine a déclaré en mai dernier que « Russie et Chine avaient des priorité communes au plan mondial et régional. Les deux pays ont convenu de coordonner plus étroitement leurs politiques au sein de l’ONU, du BRICS et le la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Asia-Pacific Economic Cooperation, alias APEC). Ils n’ont pas de désaccords. Au contraire, ils ont élaboré des programmes ambitieux, qu’ils sont fermement déterminés à inscrire dans la réalité ». Cette déclaration d’intention tout à fait nouvelle représente le fondement de ce qui leur a permis d’agir au Sommet du BRICS à Fortaleza, Brésil, en juillet dernier durant lequel les cinq membres ont décidé de fonder la Nouvelle Banque de Développement en vue de se confronter directement à la domination occidentale au sein des organisations économiques et financières. D’importants mémorandums d’accord (MoU) ont aussi été présentés concernant notamment la création d’une monnaie de réserve commune au sein des membres du BRICS. Celui-ci apparaît donc comme un bastion institutionnel pour la coopération russo-chinoise à travers le monde, dans la perspective de la multipolarité.

Résumé des éléments fondamentaux

La Russie et la Chine ont un rôle distinct à jouer dans leur tandem, et ils en sont encore à raffiner leur interaction. L’OCS, quoiqu’étant un cadre multilatéral, fonctionne comme une organisation de coopération bilatérale russo-chinoise plus large, utilisant l’Asie Centrale comme un terrain d’entraînement pour de futurs développements dans d’autres lieux. En observant la coopération institutionnelle de la Russie et de la Chine telle qu’on peut la voir plus clairement au sein du BRICS, très particulièrement lors de leur dernier sommet, vue comme un tout on ne peut que constater que les deux pays combinent leurs forces dans des institutions appropriées de manière à poursuivre leur objectif commun de multipolarité.


~ Russie : Après l'alliance avec la Chine, Poutine confirme l'alliance avec l'Amérique latine (VdR via Le Veilleur) ~

Mise en pratique Géopolitique

Nous pouvons maintenant enchaîner sur les implications géopolitiques du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine (RCSP). Cette deuxième partie commence avec l’Asie du Nord-Est, puis, en suivant le sens trigonométrique, dans l’exploration des deux approches pour l’Asie Centrale, l’Asie du Sud, et l’Asie du Sud-Est. Nous irons ensuite en Europe avant de nous pencher sur l’ensemble Moyen-Orient / Afrique du Nord (MENA) et l’Amérique Latine. Il n’y a qu’en Afrique où le RCSP doit encore mûrir, mais il est fort probable que la Chine, à l’avenir, invite la Russie à avoir une influence de rééquilibrage sur le continent et influence les dirigeants régionaux pour développer leurs liens commerciaux avec Moscou. Enfin, la conclusion va montrer l’unité d’ensemble et démontrer que le RCSP est vraiment la relation la plus importante du 21e siècle et le véhicule définitif pour la multipolarité. Il est recommandé au lecteur, lorsqu’il se plonge dans ces paragraphes, de garder à l’esprit la chose suivante : Chacun des deux partenaires du RCSP est destiné à restaurer l’image et à suppléer aux faiblesses de l’autre, là où celui-ci peut se trouver dans une position de faiblesse relative en comparaison de son homologue, avec pour intention à terme d’établir une véritable multipolarité globale. Cela étant posé, il est possible de commencer l’examen géopolitique du RCSP.

Asie du Nord-Est

Dans son essence, l’action du RCSP en Asie du Nord-Est est de se confronter au « porte-avions US insubmersible » dans une attitude attentive, toute de prudence et de précaution, afin d’en neutraliser la létalité. Russie et Chine avaient toutes les deux des différends territoriaux avec le Japon avant le début de la mise en place du RCSP, mais le Japon ne commença à envenimer ces tensions qu’en 2010. Le problème japonais doit être plus précisément compris comme un problème américain en raison des accords de sécurité mutuelle entre les deux pays qui relèvent plus d’une occupation militaire. Ainsi par procuration, le RCSP, dans ses efforts de pacification de l’Asie du Nord-Est, bute de facto dans la muraille de la mauvaise volonté américaine. Tokyo use constamment de sa « clause de retrait » lorsqu’il s’agit de régulariser ses relations avec Moscou (ce qui serait dans les intérêts des deux nations), mais il ne semble pas que l’on puisse voir cette régularisation sous le gouvernement Abe. L’occupation par les USA est trop forte et trop influente pour que le pays puisse s’en libérer dans un futur proche, mais si par un heureux hasard il advenait que les prémisses d’une véritable politique étrangère indépendante (de Tokyo) apparaissent, cela placerait Moscou en situation de jouer un rôle positif de modération des actions de Tokyo envers Pékin.

Dans les conditions actuelles, cependant, et la Russie et la Chine considèrent que c’est bien le Japon et non la Corée du Nord (que chacun des deux pays engage dans les pourparlers multilatéraux de dénucléarisation) qui représente le plus grand risque de déstabilisation de l’Asie du Nord-est, en raison de son obstination agressive sur les différents territoriaux. Pour se créer une position optimale de maître du jeu caché derrière sa marionnette, et ainsi saboter la perspective d’une coopération pan-régionale, les États-Unis soutiennent et favorisent cette attitude. Par conséquent, aussi improbable que cela puisse sembler pour le moment, en cas de guerre, la Russie et la Chine pourraient coopérer militairement, ou alors l’un ou l’autre pourrait user des plus puissant moyens diplomatiques et politiques à sa disposition pour tenter d’influencer le Japon, pour qu’il fasse machine arrière et arrête les hostilités au plus vite.


La Russie et la Chine retiendront-ils leur riposte... (Paul Craig Roberts via The Vineyard of the Saker)

Asie centrale

Beaucoup d’encre a coulé à propos d’une rivalité hypothétique entre la Russie et la Chine en Asie Centrale, mais les faits ne le montrent pas et ces rumeurs ne sont rien de plus qu’un désir de ceux qui ont le dessein de diviser le RCSP et qui espèrent voir la Russie et la Chine se rentrer dedans dans la région. Il faut prendre en considération le processus d’intégration politique et économique de la Russie avec le Kazakhstan et bientôt avec le Kirghizistan sous les auspices de l’Union Eurasiatique, et les engagements de sécurité mutuelle de la Russie avec le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan à travers le CSTO (qui, également, participe régulièrement à des manœuvres militaires). D’autre part la Chine a des positions plus commerciales en Asie Centrale ayant établi des relations d’affaires lucratives ces dernières années et ayant conclu des contrats énergétiques d’une extrême importance stratégique avec la plupart des états de la région, en tout premier lieu le Turkménistan, ce qui lui donne une position (politique) moins dominante. En Asie Centrale, la partie se joue de la manière suivante : la Russie consolide son influence là où se trouvait la sphère d’influence soviétique, avec des états qui avaient déjà cultivé avec elle de profondes relations, alors que la Chine agit pour combler un vide dans certains secteurs économiques. Il est de la plus haute importance pour la Chine d’être en mesure de diversifier ses voies d’importations de matières premières de manière à éviter le Détroit de Malacca susceptible de strangulation et occupé par les USA, d’où son intérêt (pour un approvisionnement) énergétique en Asie Centrale.

C’est grâce à une acceptation implicite de la participation de la Chine de la part de la Russie, ici via le RCSP, que la Chine est en mesure de procéder sans encombre, car il est aussi dans l’intérêt de la Russie d’avoir dans la Chine un partenaire fort et aussi énergie-indépendant que possible. Egalement, l’expansion fulgurante de l’influence énergétique de la Chine en Asie Centrale produit corolairement un bénéfice pour la Russie. En effet, les liens que la Chine entretient avec l’Ouzbékistan qui s’est éloigné de la Russie ces dernières années (l’Ouzbékistan a quitté le CSTO en 2012 et envisage d’acquérir des équipements militaires délaissés par l’OTAN en Afghanistan) et qui est en passe de devenir l’homme de paille potentiel des USA après le retrait d’Afghanistan, pourraient servir à modérer la politique régionale de Tachkent. Nous n’allons pas jusqu’à dire que la Chine puisse le convaincre de s’abstenir d’accroître sa coopération militaire avec les USA, mais plutôt qu’elle peut exercer sa très efficace influence en matière économique et énergétique pour essayer d’écarter une confrontation militaire catastrophique avec le Tadjikistan qui impliquerait probablement la Russie en raison de ses responsabilités dans le CSTO.


~ Le développement de nouvelles " routes de la soie " (Pepe Escobar) ~

Asie du sud

C’est une région du monde où le RCSP assume un caractère très complexe et peut devenir excessivement difficile à déchiffrer si l’on n’est pas un observateur averti et des plus attentifs. La Russie est le plus proche allié de l’Inde. Le premier ministre indien a déclaré récemment : « Si vous demandez à qui que ce soit parmi les personnes vivant en Inde, au nombre de plus d’un milliard, qui est le meilleur ami de notre pays, chacun, chaque enfant sait que c’est la Russie. Chacun sait que la Russie s’est toujours tenue aux côtés de l’Inde durant les moments les plus pénibles et sans jamais rien demander en retour. » Par elle-même cette relation politique implique des conséquences titanesques de niveau mondial, mais en la réduisant au contexte du RCSP, elle permet à la Russie d’exercer un haut niveau d’influence sur l’Inde pour la maintenir en paix avec la Chine, spécialement puisque cette dernière a, ces dernières années, fait monter d’un cran sa rhétorique sur ses différends frontaliers ironiquement dans un style similaire à celui employé par le Japon vis-à-vis de la Chine. A la différence du Japon cependant, la Chine a signalé voilà deux mois qu’elle désirait enfin régler ce différend, donnant ainsi à la Russie la possibilité de jouer en coulisse un rôle de modérateur pour s’assurer qu’aucune des parties n’agisse imprudemment et ne mette en danger les pourparlers.

Un peu plus loin, la Chine a une relation stratégique très rapprochée avec le Pakistan, l’ennemi juré de l’Inde, et les deux pays coopèrent économiquement et militairement. La Chine a un intérêt particulier à avoir un canal énergétique dans l’océan Indien qui soit fermement sous son contrôle, et le Pakistan a besoin que sa plus grande frontière nord soit tenue par un voisin qui le couvre contre la menace indienne. Cette relation évidemment est une menace pour l’Inde et consiste en l’un des sujets de conversation les plus importants de l’élite diplomatique indienne tout comme la stratégie du collier de perles, stratégie navale chinoise en océan Indien. C’est le nom donné à la politique chinoise qui consiste dans la mise en place de relations navales préférentielles avec le Pakistan, le Sri Lanka, le Bengladesh et la Birmanie (Myanmar) pour accroître la portée de ses moyens à proximité de l’Inde et sécuriser le transit maritime de ses approvisionnements en énergie dans la région. Avec une telle rivalité géopolitique entre l’Inde et la Chine le rôle de la Russie vis-à-vis des deux acteurs prend une importance critique pour assurer la paix et la stabilité ; et, à la différence de l’Asie du Nord-Est avec le Japon, en Asie du Sud, la Russie a de fortes chances d’être capable d’influencer le cours des événements d’une manière étendue et efficace.


~ Gwadar Port: Pakistan, China all set to develop master plan (Zafar Bhutta, The Express Tribune) ~

En poursuivant l’analyse des effets de la stratégie chinoise du collier de perles, on constate qu’elle est riche en opportunités pour la Russie aussi. En raison de la relation qui lie Pékin et Islamabad et de la sensibilité politique de la fourniture d’armement au Pakistan, la Russie a été en mesure de s’immiscer dans ce processus par procuration et de vendre, sous prétexte d’aide dans la lutte contre le trafic de drogue, des hélicoptères de combat au Pakistan. Bien que cela irrite l’Inde, cela représente un « glissement de paradigme » dans bien plus de directions que celle-là seule : sans se limiter à l’affront que la Russie et le Pakistan infligent à l’Occident, la Russie est capable d’user de la confiance que l’Inde a en elle pour que cette dernière accepte (quoiqu’avec un sentiment de jalousie) cette nouvelle relation client-militaire. Cette vente aide le Pakistan autant qu’elle aide la Chine par compensation indirecte (par procuration) avec l’Inde (si minime soit-elle) et elle aide aussi indirectement la Russie à propos de la situation afghane après le retrait de 2014. Ce développement colossal est entièrement dû à la médiation de la Russie, puisque la Chine pouvait vendre des équipements similaires au Pakistan, ce qui aurait pu induire une crise dans ses relations bilatérales avec l’Inde et saborder les pourparlers potentiels sur le règlement du différend frontalier entre elles deux.

Quoi d’autre ? Un à-côté : la Russie peut dans le futur utiliser les contrats préférentiels que la Chine a établis avec ses alliés dans sa stratégie du collier de perles pour favoriser la diversification économique de ses produits agricoles, un but qu’elle poursuit depuis qu’elle a pris ses contre-sanctions début août. Cela aurait pu simplement être la réciproque de l’autorisation donnée par la Russie à la Chine de se tourner vers l’Asie Centrale pour sa diversification énergétique par exemple, pourtant cela a un sens plus profond : si l’on prend en compte le RCSP, on voit la Chine tendre une main secourable à la Russie pour la diversification de son commerce de faible volume et de son commerce agricole en Asie du Sud. Ainsi qu’il l’a été souligné au début de la deuxième partie de cet article, la Russie et la Chine s’entraident de manière complémentaire et de toutes les façons possibles, car cette aide est l’ossature de leur partenariat stratégique. Si l’une d’elles peut ouvrir une coopération avec un état ou une région à son profit, alors elle laisse l’autre user de cette ouverture également, voire elle l’aide à le faire par une voie dérobée et discrète.


~ Russia in Negotiation with China for alternative SWIFT Bank system (F. William Engdahl, New Eastern Outlook) ~

Asie du Sud-Est

Cette région du monde est l’un des points les plus faibles du RCSP, mais conserve un potentiel pour chacun des deux pays. La Chine est actuellement impliquée dans d’amères disputes avec ses voisins en raison de différends territoriaux dans le sud de la mer de Chine, tout particulièrement avec le Vietnam. La Russie trouve ici l’occasion de remplir sa fonction stratégique de contrepoids et d’œuvrer à la promotion de ce partenariat imposant qu’elle a avec la Chine. La Russie et le Vietnam ont des relations cordiales et prolongéesdepuis l’ère soviétique, et Moscou fournit des sous-marins de grande valeur à Hanoï en ce moment même ce qui a (relativement) apaisé les craintes de Hanoï vis-à-vis de la Chine. Bien qu’elle ne soit pas aussi féroce, la rivalité sino-vietnamienne en Asie du Sud-Est peut être quelque part structurellement comparée à celle qui oppose l’Inde et le Pakistan en Asie du Sud, et, dans les deux cas, en raison de sa position unique, la Russie peut jouer son rôle de médiateur.

Il faut noter l’ironie de l’histoire : la relation entre la Russie et le Vietnam a été bâtie pendant la Guerre Froide pour contrer la Chine, alors qu’aujourd’hui elle est utilisée, certes de manière alambiquée, pour aider Pékin. La Russie et la Chine, comme nous l’avons noté, ont besoin l’une et l’autre que chacune demeure forte et stable de manière à atteindre l’objectif à long terme de la multipolarité globale, ainsi par conséquent la livraison d’armes au Vietnam par la Russie ne doit pas être comprise comme une tentative d’affaiblissement de la Chine, mais plutôt comme un moyen d’ancrer l’influence de Moscou dans un pays qui est déjà une gêne pour Pékin. A travers cette influence grandissante, la Russie peut ainsi fléchir les décisions de l’élite politique vietnamienne pour qu’elle œuvre en direction d’une solution constructive (pour le moins non militaire), même si cela s’enkyste en un « conflit gelé » ou en une prorogation de l’impasse actuelle. Bien sûr d’autres acteurs influent sur le Vietnam (à commencer par les USA), mais l’influence russe à Hanoï ne doit pas être sous-estimée, ainsi les deux pays discutent même d’une coopération économique accrue dans le cadre de l’Union eurasiatique, ce qui montre que le facteur « Russie » conserve toujours un certain poids dans la capitale vietnamienne.

Europe

A la lumière de la chute libre que fait en ce moment la relation Russie-Union européenne, la Russie ne peut rien faire dans le cadre du RCSP pour aider la Chine, mais la Chine peut de facto assister la Russie. L’un des grands projets stratégiques de la Chine est, tel qu’il est, de faciliter les échanges accélérés avec l’Union européenne via une approche à trois volets : la Nouvelle Route de la Soie (segment terrestre et segment maritime), le Pont Continental Eurasiatique, et la Route Maritime du Nord. Les deux derniers chemins traversent directement le territoire russe, que ce soit la terre russe ou les eaux territoriales russes, ce qui implique l’accroissement de l’importance géopolitique de la Russie dans les échanges entre la Chine et l’Union européenne, que celle-ci l’apprécie ou non. Il n’importe pas que l’Europe use de la même route en transportant ses marchandises à travers le territoire russe dès lors que la Chine l’envisage avec une forte probabilité de le faire, ce qui donnera à la Russie une position économique plus forte et des gains plus tangibles qu’elle n’en avait avant.


~ La BCE avance vers l'achat de Yuan pour ses réserves de change (El Correo d’après Bloomberg) ~

Moyen-Orient / Afrique du Nord (MENA)

Jamais avant les révolutions de couleur du printemps arable de 2011, le MENA n’a été le point focal d’une intense coordination politique entre la Russie et la Chine. Sergueï Lavrov, après un entretien avec le ministre des affaires étrangères chinois, déclarait en mai 2011 : « Nous avons convenu de coordonner nos efforts en nous appuyant sur les compétences des deux états de manière à aider là-bas à la stabilisation rapide et à la prévention de développements négatifs imprévisibles. » Il s’agissait évidemment de la réponse à la violation occidentale de la résolution 1973 des Nations Unies, quand le Conseil de Sécurité a été trompé de manière éhontée pour justifier la guerre de l’OTAN et le changement de régime résultant en Lybie. Clairement la Russie et la Chine comprennent qu’une telle violation peut advenir n’importe quand plus près de leurs frontières, et, si elles sont confrontées à des déstabilisations intérieures et à une fragilisation même modeste de leurs appareils d’état, affecter leurs territoires propres.

Au Moyen-Orient, on peut facilement observer les deux pays remplir leurs rôles particuliers dans le partenariat. Les interactions de la Russie avec la Syrie et l’Iran et plus récemment avec l’Égypte, démontrent visiblement son rôle de contrepoids militaire et politique. La Chine est profondément impliquée dans le commerce énergétique dans le MENA puisque 60% de son pétrole en provient. Elle s’est aussi implantée dans la région dans l’économie hors énergie, particulièrement avec les Émirats Arabes Unis. Si bien que, au-delà de leur coopération politique générale et de leur accord politique incontestable à propos du MENA, la région illustre la répartition (naturelle) des rôles entre la Russie et la Chine ici encore.

Wikipédia a écrit:
(...) Les relations diplomatiques entre la Chine et les Émirats arabes unis ont commencé en novembre 1984. Depuis, les relations politiques, économiques et commerciales entre les deux pays n’ont cessé de se développer. Les relations économiques bilatérales entre la Chine et les Émirats arabes unis ont notamment connu une forte progression. En 2002, le volume d’échanges commerciaux s’élevait à 3,895 milliards de dollars ; les exportations de la Chine s’élevaient à 3,45 milliards de dollars et ses importations à 445 millions. Les produits exportés par la Chine aux Émirats arabes unis sont les textiles, les vêtements, les produits industriels, les métaux (or, argent, cuivre et fer), produits artisanaux et électroniques. La Chine importe de l’aluminium, des fertilisants et du pétrole des Émirats arabes unis. En 1985, la Chine et les Émirats arabes unis ont signé un accord à propos de la coopération économique, commerciale et technologique entre les deux pays. En novembre 1985, les deux pays ont fondé une commission pour la coopération économique, commerciale et technique. (...) Les accords signés entre les deux pays sont comme suit : accord sino-émirien sur la coopération culturelle (1989), accord sur la coopération technique dans le domaine médical entre les ministères de la Santé chinois et émirien, un accord pour l’envoi de médecins chinois aux Émirats arabes unis (1992), un accord pour l’envoi d’infirmières chinoises aux Émirats arabes unis (1992), un accord sino-émirien pour l’extradition judiciaire (2002) et un accord pour la coopération culturelle la même année. La Chine et les Émirats arabes unis ont également coopéré dans le domaine de l’aviation. Les deux pays ont signé un accord bilatéral sur l’aviation et le transport aérien civil en 1980 et en 1989.

~ Émirats arabes unis (Relations avec la Chine) ~

Amérique Latine

Sans aucun doute, et plus encore qu’à propos du MENA cette région donne à voir le RCSP en activité comme s’il s’agissait d’une observation de laboratoire. L’Amérique Latine est profondément déconnectée des intrigues géopolitiques d’Eurasie, et ainsi rend la coopération Russie Chine facile à observer même pour un regard peu expérimenté. Durant la dernière décennie la Russie est retournée en Amérique Latine tant dans l’esprit que dans les moyens. Ses navires y ont fait escale et ont effectué un exercice naval conjoint avec le Vénézuela, de même des bombardiers russes y ont patrouillé et s’y sont ravitaillés à cette occasion. Le Nicaragua est même supposé héberger une base russe destinée à protéger le canal financé par la Chine en cours de construction dans ce pays. Gazprom a commencé à investir en Bolivie et en Argentine, et Rosneft est actif au Vénézuela. Medvedev et Poutine sont même allés en visite officielle dans la région, et on spécule sur un accord de la Russie pour la réouverture de sa base d’espionnage cubaine de l’ère soviétique lors de cette dernière visite en juillet. On peut légitimement dire, ainsi, que l’influence de la Russie en Amérique Latine est plus grande maintenant qu’elle ne le fut durant la guerre froide.


~ La Chine, la Russie, le BRICS et l’Amérique latine (Miguel Guaglianone) ~

Etant le moteur économique qu’elle est, la Chine est l’investisseur dont la croissance est la plus rapide en Amérique Latine et est en passe de devenir son deuxième plus important partenaire commercial. Comme indiqué plus haut elle finance le projet révolutionnaire du Canal du Nicaragua qui déroutera le passage interocéanique du Panama, état client des USA s’il en est, et favorisera le commerce et les investissements non-américains dans la région. Ce dernier effet a déjà lieu même en l’absence du canal. La Russie tire profit de la décennie passée pendant laquelle elle a ré-établi ses contacts avec l’Amérique Latine pour détourner son commerce agro-alimentaire de l’Ouest (i.e. de l’Association européenne de libre-échange, du Canada et des États-Unis) en raison des récentes contre-sanctions. Voilà qui dévoile une stratégie plus large de la part de la Russie qui consiste à briser la domination de l’Ouest pour certains marchés agro-alimentaires et de fournir aux producteurs locaux une option de rechange attrayante. La Russie veut aussi rehausser sa souveraineté en tant qu’état et par conséquent s’empresse de réduire l’influence économique de l’Occident sur son économie domestique, d’où sa croissance commerciale vers les marchés « non-occidentaux » ces dernières semaines.

Somme toute, l’Amérique Latine est la base arrière la plus appropriée pour faire avancer le Monde Multipolaire dans l’arrière-cour du géant unipolaire faiblissant. La Russie et la Chine ne sont en aucune manière en compétition sur ce théâtre, montrant ainsi incontestablement les grands objectifs stratégiques du RCSP dans un cadre général. L’implication des russes et des chinois dans la région croît à une vitesse spectaculaire et de manière fort variée, ce qui implique la possibilité d’une transformation géopolitique incroyable juste à la porte des USA. Par bien des aspects l’Amérique Latine représente pour les USA ce qu’est l’Europe Occidentale pour la Russie, une région affichant un intense désamour pour son plus grand voisin et par conséquent susceptible d’être régie en souplesse de loin pour participer à des actions encore plus préjudiciables à son ex-tyran.

Réflexions finales

Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine (RCSP) s’affirme clairement mondiale dans sa portée, parvenant à englober le monde entier à divers degrés. L’axiome posé plus haut doit être réaffirmé pour que son essence demeure dans l’esprit du lecteur : Chacun des deux partenaires du RCSP est destiné à restaurer l’image et à suppléer aux faiblesses de l’autre, là où celui-ci peut se trouver dans une position de faiblesse relative en comparaison de son homologue, avec pour intention à terme d’établir une véritable multipolarité globale. La Russie est le contrepoids et la Chine la porte d’entrée. Plus on s’éloigne de ces deux [états], par exemple au Moyen-Orient et en Amérique Latine, plus les purs objectifs multipolaires et la coordination rapprochée entre ces deux pays sont visibles ; de même plus on se rapproche de ces deux nations clefs eurasiatiques plus la complexité de cette relation apparaît et plus elle peut devenir difficile à comprendre.

En gardant cela en permanence à l’esprit, le RCSP devient plus aisément compréhensible et ses ambitions multipolaires deviennent plus lisibles et plus apparentes. Au tout début de cette analyse on évoquait ceux qui dénigraient ou qui détournaient leur attention de cette coopération. Nous avons démontré maintenant que ceux qui en détournent leur attention usent de nuages de fumée et de miroirs pour en détourner notre attention et nous cacher l’évidence, le RCSP est une force des plus réelles et tangibles tout autour du monde. Quant à ceux qui la dénigrent, nous avons démontré qu’ils se trompent quand ils soutiennent que cette coopération a un caractère agressif. Bien sûr elle défie le Consensus de Washington, mais elle le fait à travers des moyens politiques et pacifiques, essentiellement via l’approche « main dans la main » où les contacts diplomatiques et militaires de la Russie font contrepoids alors que l’économie de la Chine joue le rôle de porte d’entrée. Ainsi, il est incontestable que dans le 21ème siècle, le RCSP restera la coopération la plus dynamique dans la construction de la multipolarité partout à travers le monde en contrant les USA dans leurs tentatives désespérées de préserver cette « unipolarité » anachronique.

Andrew Korybko

~ Traduit par Na.dan et Pierre pour The Vineyard of the Saker ~ via Arrêt sur Info

Sources originales :
Part 1 : Washington’s Nightmare Comes True: The Russian-Chinese Strategic Partnership Goes Global (Oriental Review)
Part 2 : Washington’s Nightmare Comes True: The Russian-Chinese Strategic Partnership Goes Global (Oriental Review)

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MessageSujet: Pendant ce temps, l'Eurasie continue son bonhomme de chemin...   Jeu 22 Oct - 11:17

Pendant ce temps, l'Eurasie continue son bonhomme de chemin...

Les projecteurs braqués sur le conflit syrien ne doivent pas faire oublier
qu'il se passe des choses sur les autres cases du Grand échiquier eurasien...




Anna Markonova a écrit:

(...) En moins d’un an, le monde entier a vu une Russie qui multipliait les contrats et les alliances stratégiques, résistait solidement aux sanctions européennes et américaines et accélérait le développement du condominium économique et stratégique avec la Chine; toutes deux forgeant ce projet très porteur qu’est la Nouvelle Route de la Soie, améliorant les synergies tous azimuts au sein des BRICS et augmentant considérablement leur attraction gravitationnelle grâce à la création de la New Development Bank (NDB) et de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), big banks crées sous l’égide des BRICS et de la Chine.

Pendant ce temps, les Etats-Unis et l’Union Européenne s’enlisaient en Ukraine et Washington contemplait les dégâts de ses incohérences politiques et l’échec de ses projets : relation dégradée avec Israël, la Turquie et la Chine, soutien à des factions rebelles syriennes flirtant de près avec Daech et Al-Qaïda, effondrements simultanés de la Syrie, de l’Irak et de la Libye en proie à de féroces guerres civiles et envahies par des factions djihadistes, bombardement du Yémen par « l’OTAN arabe », mort dans l’oeuf du traité transpacifique (TTIP) face au rayonnement solaire de l’AIIB sur toute l’Asie, fin de la suprématie du dollar et des institutions de Bretton Woods… (...)


~ Quand le boycott occidental de la Russie devient une consécration des « EurAsies »... (Polémia)(Mai 2015) ~

MacKinder, Spykman, bouchez-vous les oreilles, l'intégration du continent-monde se poursuit, inexorable. Derrière l'écume événementielle, des informations moins clinquantes mais autrement importantes symbolisent cette lame de fond qui rapproche les différentes puissances et civilisations eurasiennes, signant à terme l'arrêt de mort de la puissance américaine. L'Union Economique Eurasienne (Russie, Kazakhstan, Arménie, Biélorussie, Kirghizstan, Tadjikistan) commence doucement mais sûrement à prendre sa vitesse de croisière et, contrairement à la fable contée dans les médias occidentaux, attire un nombre croissant de pays intéressés à signer un accord de libre-échange (de l'Egypte au... Pérou). Dernier exemple en date : Israël ! Certains à Washington doivent sentir un goût bien amer dans la bouche...

Au sein même de l'Union, le dollar (et l'euro pour bien faire) seront exclus des transactions tandis que les experts planchent déjà depuis plusieurs mois sur la manière de combiner l'organisation et les nouvelles Routes de la soie chinoises à destination de l'Europe et du Moyen-Orient (Pékin et Moscou ont donné leur feu vert, ne restent plus que les détails techniques). La Chine justement. On en parle curieusement beaucoup moins depuis le mini-krach de la bourse de Shanghai intervenu, ô doux hasard, juste après le lancement en fanfare de la BAII qui mettait Washington au supplice. De là à penser qu'une certaine puissance maritime a lancé une guerre financiéro-médiatique contre la future première économie mondiale... Car les journaux ont beau pinailler (7% de croissance, les pauvres), la Chine continue son jogging vers la première marche du podium qu'elle devrait atteindre dans une dizaine d'années (c'est déjà fait si l'on considère le PIB en parité de pouvoir d'achat).



Pepe Ecobar a écrit:

(...) Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, du commerce de l’énergie au développement de la défense et des infrastructures, ne peut que se renforcer, par le pivotement de la Russie vers l’Orient et de la Chine vers l’Occident. D’un point de vue géopolitique, cela ne signifie pas une subordination de Moscou à Pékin, mais une relation symbiotique en hausse, minutieusement développée en plusieurs étapes. (...) La Grande Europe de Poutine, de Lisbonne à Vladivostok (ce qui signifierait la CEE + UE) pourrait bien rester en rade pendant que la Chine met le turbo sur sa Nouvelle route de la soie à la fois terrestre et maritime. Pendant ce temps, le Kremlin se concentrera sur une stratégie parallèle, utiliser le capital de l’Asie de l’Est et sa technologie pour développer la Sibérie et l’Extrême-Orient russe. Le yuan est appelé à devenir une monnaie de réserve en Eurasie dans un très proche avenir, car le rouble et le yuan sont sur le point de s’échanger dans le commerce bilatéral. (...)

~ L’Eurasie de Zbigniew Brzezinski est morte, vive l’Eurasie (Asia Times via Le Saker Francophone)(Avril 2015) ~

Les relations avec Moscou sont au beau fixe, des contrats énergétiques colossaux ont été signés et les pipelines russes surgiront bientôt de terre pour rassasier quelque peu l'ogre chinois... qui entretient également des relations gazières privilégiées avec le Turkménistan. Ces tubes ont un point commun : ils sont hors de portée des Etats-Unis, de plus en plus incapables de contrôler les flux eurasiens donc de peser sur les destinées du continent-monde. Les stratèges US ont de quoi s'arracher les cheveux puisque même des alliés (pour ne pas dire des pions) comme la Géorgie envisagent de recommencer à se fournir en or bleu auprès de Gazprom. Ce qui, soit dit en passant, prouve une fois de plus le pipeau du gaz caspien à destination de l'Europe, fable vendue par certaines think tanks et relayée par des médias complaisants ou crétins. Si même les voisins de la Caspienne importent du gaz russe, il faudra nous expliquer de quel chapeau magique va bien pouvoir sortir le gaz pour les pays européens... Quant au premier ministre géorgien, il a lancé un pavé dans la mare atlantiste avec sa proposition d'un Forum de la Route de la soie, visant à participer au grand projet eurasien de Pékin. Avec des amis comme ça, les Américains n'ont pas besoin d'ennemis... La Géorgie qui commence à recentrer sa politique étrangère, l'Arménie main dans la main avec Moscou depuis toujours et l'Azerbaïdjan revenu de son mirage occidental : les Etats-Unis vont-il à terme perdre tout le Caucase ? Qu'il est loin le temps où ils faisaient la pluie et le beau temps à Baku et Tbilissi tandis qu'ils mettaient le feu au Caucase russe via la Tchétchénie... Au fait, désolé Dr Brzezinski mais une ligne ferroviaire commerciale entre la Chine et l'Azerbaïdjan a ouvert et les trains chargés de marchandises chinoises commencent à arriver dans le Caucase.

Tout ceci n'est cependant rien en comparaison de ce qui se prépare avec l'Iran, grande puissance régionale si l'en est, case cruciale de l'échiquier eurasiatique. Si Obama pensait amadouer les ayatollahs avec l'accord sur le nucléaire, il s'est planté en 3D. La marche de Téhéran vers l'alliance sino-russe est inarrêtable. Coopération militaire renforcée avec Pékin, navires iraniens invités en Russie, et bien sûr une position commune sur les grands dossiers internationaux dont la Syrie. L'entrée de l'Iran dans l'OCS n'est qu'une question de temps. Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l'oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.


~ China imports 500,000 bpd of Iran oil (Press TV)(Septembre 2015) ~

Pakistan... Pakistan... Ah oui ! encore un pays, un de plus, qui est en train de quitter le camp américain pour rejoindre le grand mouvement eurasiatique.

Observatus geopoliticus

Source de l'article :
Pendant ce temps, l'Eurasie continue son bonhomme de chemin...(Chroniques du Grand Jeu)(Octobre 2015) via Les Brindherbes

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