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 Le sable, enjeu d'une bataille économique féroce, au risque de conséquences écologiques désastreuses...

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Golden Awaken
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MessageSujet: Le sable, enjeu d'une bataille économique féroce, au risque de conséquences écologiques désastreuses...   Sam 26 Avr - 14:52

Le sable, enjeu d'une bataille économique féroce,
au risque de conséquences écologiques désastreuses...


Le sable joue un rôle essentiel dans la protection des côtes
et l'équilibre des écosystèmes marins. Les conséquences de cette surexploitation
apparaissent peu à peu au grand jour.



~ Les chiffres étonnants sur le sable (Infographie) ~

On le trouve dans le béton, qui alimente, au rythme de deux tonnes par an et par être humain, un boom immobilier ininterrompu. Mais aussi dans les puces électroniques, le papier, le plastique, les peintures, les détergents, les cosmétiques… Ce sable que nous aimons fouler du pied ou laisser filer entre nos doigts s’est glissé à notre insu dans tous les interstices de notre quotidien. L’industrie le consomme en quantités croissantes, plus encore que le pétrole. Peut-être parce que, contrairement à l’or noir, cette matière première perçue comme inépuisable est restée à ce jour pratiquement gratuite. Alors que le sable des déserts est impropre à la construction, les groupes du bâtiment ont longtemps exploité les rivières et les carrières. Puis ils se sont tournés vers la mer, provoquant ce qui est en train de devenir une véritable bombe écologique. Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde, et englouti des îles entières, en Indonésie et aux Maldives, tandis que Singapour ou Dubaï ne cessaient d’étendre leur territoire en important, parfois frauduleusement, du sable. Disparition des poissons, impact aggravé de l’érosion et des tempêtes, bords de mer devenus lunaires … : face aux timides régulations adoptées pour tenter de limiter le pillage, la « ruée vers le sable » s’est en réalité accélérée, sous l’égide de grandes entreprises multinationales et de mafias locales.

~ Quand l’Algérie importe le sable ~

Quelle est la définition géologique du sable ?

Aussi surprenant que cela paraisse, elle ne repose que sur la taille des grains. Quelle qu’en soit la composition, tout solide dont le diamètre est compris entre 0,065 mm et 2 mm de diamètre, techniquement, est appelé “sable”. Plus petit, c’est du limon ou de l’argile, plus gros, du gravier. Parce qu’il est aisément transporté par le vent et par l’eau, le sable constitue le matériau géologique le plus dynamique de la planète et joue un rôle irremplaçable dans l’équilibre général de la croûte terrestre. C’est pour la même raison qu’il est indispensable à un si grand nombre d’industries, qui l’ont rendu omniprésent dans notre quotidien : dans le béton, bien sûr, mais aussi le verre, le papier, les puces électroniques, le plastique, le fuselage des avions… L’industrie recourt pour l’essentiel au sable de quartz, c’est-à-dire de silice, qui constitue à peu près 70 % de la totalité. Ce sable-là constitue un matériau très résistant, qui a traversé des centaines de millions d’années selon un processus continu de fabrication et de recyclage.
Ce sable est-il vraiment en train de disparaître, ou de se raréfier ?

Il ne disparaît pas à proprement parler, mais son exploitation massive est en train de bouleverser complètement la manière dont il se comporte, avec de graves conséquences locales et globales. Quand vous en prélevez de grandes quantités sur une plage, dans le lit d’une rivière ou au fond de la mer, vous affectez un écosystème extrêmement complexe et dynamique, dans lequel le sable se dépose en fonction des courants, des marées et des vents. Par exemple, si le cyclone Sandy a ainsi ravagé la côte Est des États-Unis à la fin de l’année 2012, c’est en partie à cause de ce que nous avons fait aux plages, qui constituaient des barrières naturelles contre de telles tempêtes. Trop souvent, les dunes ont été partiellement détruites, tandis qu’on a construit de plus en plus près du rivage : cela a considérablement aggravé l’impact de n’importe quelle tempête frappant aujourd’hui un littoral urbanisé. Par ailleurs, une grande part du sable terrestre est désormais prisonnière du béton que le secteur de la construction consomme en quantités toujours croissantes et en ce sens, il disparaît. Cela fait des décennies que l’on surexploite le sable, mais bien sûr, la croissance continue de la population et de l’économie aggravent les choses. Et on ne peut plus ignorer les conséquences : ici, Katrina et Sandy ; là, comme dans l’archipel indonésien et celui des Maldives, des îles entières englouties par la mer…

~ Les plages : chronique d'une disparition annoncée ? ~

Combien pèse le marché du sable ?

Il est impossible de donner des chiffres précis, puisqu’il reste une matière première qui, en tant que telle, n’a pratiquement aucun coût, on ne paie que la main d’œuvre et le transport. Il est donc considéré comme une ressource gratuite qui, pas plus que l’air ou que l’eau, n’est quantifiable économiquement. Seules les transactions légales internationales font l’objet de statistiques, alors que l’essentiel du marché est local : un pays dont l’économie et singulièrement, le secteur de la construction sont en train de croître va recourir à son propre sable, s’il en a sur son territoire. L’exemple le plus frappant est celui de la Chine, où la demande de béton est colossale, et où le sable utilisé provient surtout de l’intérieur du pays. Il en va de même pour le Maroc, le Viêt-nam, l’Inde… En outre, comme on le voit dans le film de Denis Delestrac, au fur et à mesure que la ressource se raréfie et même si de timides régulations sont adoptées pour la protéger, les mafias s’emparent de la filière… Bien sûr, elles non plus ne fournissent pas de statistiques ! Cela dit, on estime que, chaque année, on produit deux tonnes de béton par être humain. Ce qui équivaut à cinq à quinze milliards de tonnes de sable extraites de leur environnement naturel.
Par quoi pourrait-on le remplacer ?

Tout ce qui est à base de sable, notamment le verre, mais aussi le béton, peut être recyclé pour fabriquer… du sable. Mais pour l’instant, précisément parce que le coût du sable reste si faible, toutes ces activités restent économiquement marginales, et incapables de répondre à la demande massive et continue. Il faudrait une volonté politique forte pour que des alternatives se dégagent. Il y en a beaucoup : l’humanité n’a pas attendu l’invention du béton armé pour construire des édifices solides. Un autre problème majeur reste l’exploitation abusive du sable marin, ressource finie par excellence, par opposition au sable du désert. En effet, le sable marin est particulièrement apprécié pour ses qualités mécaniques. Du fait du frottement provoqué avec l’air, les grains de sable en provenance de zones désertiques présentent, si l’on regarde au microscope, une structure beaucoup plus arrondie, ce qui les rend impropres comme matériaux de construction : ces grains ne se solidifient pas. Ce qui n’est pas le cas pour le sable brut issu des fonds marins. Ces différences de propriétés expliquent ainsi pourquoi Dubaï, malgré l’étendue de ses zones désertiques, est dépendant d’importations de sable, notamment australien.

~ La folie de la demande de sable ~

Comment expliquer l’indifférence des pouvoirs publics, Union européenne comprise ?

C’est un problème de prise de conscience collective. Pour la majorité des gens, y compris, malheureusement, des décideurs politiques, le sable n’est pas perçu comme une ressource menacée, donc à protéger. Partout dans le monde, les besoins économiques immédiats, notamment ceux du secteur de la construction, priment sur toute autre considération. En outre, les règles timides adoptées pour protéger les plages ou les fonds marins ne servent souvent à rien, parce qu’elles ne sont pas appliquées. Non seulement parce qu’il est impossible de poster un policier sur chaque plage, mais aussi parce que dans de nombreux pays, les mafias du sable ont des connexions en haut lieu, qui leur permettent d’opérer en toute tranquillité. A titre d’exemple, au Maroc comme au Sénégal, ces mafias contrôlent les activités extractives sur environ 45 % des plages de sable locales. Ces réseaux agissent de manière radicale et avec pour seul mot d’ordre de générer du profit, une véritable catastrophe écologique.
Est-il trop tard pour agir ?

Pour les gens qui ont vu leurs îles englouties par la mer, pour les pêcheurs qui n’ont plus de poissons dans leurs filets, oui, c’est trop tard. Mais pas d’un point de vue global. Et c’est d’abord une question d’information : les gens doivent comprendre, et c’est urgent, que nous ne pouvons continuer à consommer du sable à une telle échelle, et à un coût aussi faible. C’est pourquoi un film comme celui de Denis Delestrac est important.
Interview: Irène Berelowitch pour ARTE Magazin
Source de l'article : La guerre du sable

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MessageSujet: Le sable, enquête sur une disparition   Sam 26 Avr - 15:23

Le sable, enquête sur une disparition

De Bombay à la Bretagne en passant par Dubaï, Tanger ou les Maldives,
cette passionnante enquête en forme de thriller dévoile une urgence planétaire :
la menace qui pèse sur le sable, ressource vitale dont le pillage s'accélère.



~ Le sable, enquête sur une disparition (Pascale Solana, Reporterre) ~

Par le biais d’une investigation méticuleuse, Denis Delestrac parvient à montrer une réalité connue jusqu’ici des seuls spécialistes scientifiques et défenseurs de l’environnement, mais aussi des professionnels des travaux publics – dont les explications accompagnent de saisissantes séquences tournées dans le monde entier. Ici, ce sont les "petites mains" des trafiquants de sable, qui prélèvent leur butin, au vu et au su de tous, sur les plages de Tanger ou en plongeant dans l’eau transparente des Maldives, tandis que des marchands de sable réunis en congrès spéculent sur les juteux profits qu’ils vont engranger, grâce à une ressource qui appartient à tous. Là, c’est l’État de Floride, qui, à grand renfort de dragueuses offshore et de bulldozers, renfloue ses plages en voie de disparition, contribuant ainsi à déséquilibrer davantage l’écosystème maritime qui a fait sa renommée touristique. De leur côté, les élus et la population des Côtes d’Armor, en Bretagne, se mobilisent contre un nouveau projet de dragage. Une exception. S’il n’est pas trop tard pour agir, plaident les chercheurs et les militants écologistes, l’opinion publique, dont le soutien est indispensable pour infléchir la tendance, reste largement inconsciente du phénomène.


Pour visionner la seconde partie : Cliquez Ici

Source de l'article : Le sable : Enquête sur une disparition



Dernière édition par Golden Awaken le Ven 1 Sep - 9:59, édité 1 fois (Raison : MàJ lien video)
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MessageSujet: Les extractions de sable marin menacent-elles nos plages et notre littoral ?   Ven 29 Avr - 13:22

Les extractions de sable marin
menacent-elles nos plages et notre littoral ?


Le sable est la seconde ressource naturelle la plus consommée après l’eau :
l’humanité en avale 15 milliards de tonnes chaque année.
On s’en sert pour le béton, les terres agricoles ou les puces électroniques...




Marie-Anne Daye a écrit:

(...) Impossible d’utiliser le sable du désert : trop rond et trop fin, il ne s’agrège pas et n’est donc pas utilisable pour la construction. On puise alors dans les fonds marins à l’aide de digues, ce qui dévaste l’habitat naturel et modifie aussi les habitudes de vie des pêcheurs. Kiran Pereira, une jeune scientifique du King’s College à Londres, soutient que l’extraction du sable a de nombreux effets néfastes. Notamment l’augmentation du taux d’érosion du littoral et la menace des infrastructures comme les ponts, les routes et les voies ferrées. Une étude de la Western Carolina University montre également que cette extraction réduit la protection aux tempêtes, tsunamis et ouragans. (...)

~ Le sable disparaît (et on n’en parle pas)(Rue 89)(Mai 2013) ~

On en consomme tellement que, dans certaines régions du monde, les plages reculent, voire disparaissent. En France, les demandes de permis pour aspirer du sable au large des côtes se multiplient. Dans la baie de Lannion, en Bretagne, un projet d’extraction est vivement contesté et fait peser un risque sur le littoral et la biodiversité. Pourtant, des alternatives existent. Y aura-t-il bientôt des navires aspirateurs de sable au large de Lannion, dans le Nord de la Bretagne ? Le Peuple des dunes, un collectif qui lutte contre ce projet d’extraction depuis près de cinq ans et réunit pêcheurs, plaisanciers, professionnels du tourisme, élus et associations écologistes, espère bien que non. La menace, pourtant, se précise. En septembre 2015, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Économie Emmanuel Macron ont accordé la « concession de la Pointe d’Armor » à la Compagnie armoricaine de navigation (CAN), société extractrice membre du groupe international Roullier. Deux mois plus tard, le préfet signait les arrêtés autorisant le début des travaux. La contestation de l’accord de concession devant le Conseil d’État pourrait retarder le lancement de l’extraction. Mais,« à compter de 2016, le pompage du sable risque de commencer à tout moment », craint Odile Guérin, géologue et élue de Trébeurden, l’une des treize communes concernées par le projet.

Pour extraire du sable de mer d’une « dune sous-marine », un bateau avançant à faible vitesse (entre 2 et 4 km/h) traîne une élinde, sorte de tuyau d’aspirateur géant. Le sable aspiré est recraché sur le pont. Une partie de l’eau est aussitôt rejetée à la mer. Au fond de l’eau, là où passe l’élinde, se forme un nuage de sable que l’on qualifie de « turbide ». C’est la première source d’inquiétude des opposants au projet de la CAN. « La turbidité assombrit l’eau, indique Odile Guérin. Le sable soulevé par l’élinde va aller se déposer bien au-delà de la zone d’extraction, ce qui risque de tuer la végétation. » Autre souci : la dune est une zone de reproduction et de refuge pour les lançons, de tout petits poissons qui forment le début de la chaîne alimentaire. « C’est un vrai problème pour les pêcheurs. Sans parler de tous les petits organismes qui seront déchiquetés par l’élinde avant d’être remis à l’eau. »



Lucile Argaud a écrit:

(...) « Il s'agit d'une extraction de sable coquillier qui serait conséquente, de l'ordre de 400.000m³ par an, a exposé Yves-Marie Le Lay, le président de Sauvegarde du Trégor. Personne ne peut jurer qu'elle n'aura aucun impact sur le littoral. Le trou créé va naturellement se combler avec l'érosion des littoraux. Au moment où tout converge vers un relèvement du niveau de la mer, il ne faut pas prendre le risque de fragiliser nos côtes. C'est le principe de précaution. »  (...)

~ Extraction de sable. L'exploitant s'invite au débat (Le Télégramme)(Octobre 2010) ~

Située à moins de dix kilomètres de la côte, à une quarantaine de mètres de profondeur, la dune sous-marine sur laquelle lorgne la CAN est composée d’une accumulation de débris de coquilles, que l’on appelle « sable coquillier ». On l’utilise dans l’agriculture pour désacidifier les terres. « Avant, pour amender les sols trop acides, on se servait d’une algue : le maërl, rapporte Patrice Desclaud membre du collectif Peuple des dunes. Mais c’est désormais une espèce protégée, on se tourne donc vers le sable. Ce besoin est lié à l’agriculture intensive : les amendements azotés, et notamment les déjections animales, acidifient beaucoup les sols. » La CAN exploite déjà trois autres gisements au large de la Bretagne, avec un volume extrait de 208 000 mètres cubes par an au total. Au large de Lannion, l’entreprise envisageait de pomper jusqu’à 400 000 mètres cubes par an. Les besoins agricoles ne justifient pas à eux seuls les aspirations de sable au large des côtes. Fabrication du verre, élaboration de cosmétiques et de détergents, rechargement des plages, fracturation hydraulique : le sable sert à une multitude d’activités. Il contient en plus divers minéraux stratégiques tels que le silicium, le titane ou le thorium, à la base de nombreux micro-processeurs. Le sable sert aussi au secteur des bâtiments et travaux publics : fondations, pavement et revêtement des routes, voies ferrées, digues, bétons.

Chaque année, la France consomme 450 millions de tonnes de granulats, sable et graviers, pour satisfaire ses besoins de construction. Cela représente sept tonnes par an pour chaque habitant, soit 20 kilos par jour ! Plus ou moins concassés selon leur usage, ces granulats sont principalement issus des carrières terrestres : 200 millions de tonnes en sortent chaque année. Seconde origine : les berges et anciens lits de rivières d’où l’on tire plus de 100 millions de tonnes de sable alluvionnaire chaque année. Viennent ensuite le recyclage (déchets issus du secteur de la déconstruction notamment), puis la mer, qui fournit actuellement 7 millions de tonnes de granulats par an. « La part de granulats marins reste marginale en France », commente Eric Chaumillon, professeur en géologie marine à l’université de La Rochelle et chercheur au CNRS. Elle est bien moindre que chez les champions européens de cette discipline : la Grande-Bretagne (20 millions de tonnes) et la zone Belgique-Pays-Bas (45 millions de tonnes). Dans ces régions, « les ressources à terre sont limitées ou épuisées, il existe une pression environnementale forte sur les carrières et une forte consommation », remarque Eric Chaumillon. La France, quadrillée par de nombreuses carrières, n’est pas dans la même situation. Mais l’épuisement des ressources terrestres et l’opposition croissante des riverains compliquent leurs ouvertures et agrandissements.



Claude Augris et Laure Simplet a écrit:

(...) À la suite de l'extraction, un changement de la morphologie du site exploité peut modifier le régime des courants de fond. En modifiant ainsi l'équilibre des sédiments superficiels, ces extractions pourraient ainsi influer sur l'érosion côtière, particulièrement dans le cas d'exploitation à proximité des côtes et à faible profondeur. De plus, les excavations peuvent rendre ces secteurs temporairement impropres au chalutage. Les effets des exploitations sur les ressources biologiques sont soit immédiats, donc manifestes, soit à long terme, auquel cas seul un suivi sérieux permettrait d'en mesurer l'importance. Parmi les répercussions immédiates, la destruction du peuplement benthique dans la zone d'exploitation est indéniable. Cette destruction affecte essentiellement les invertébrés, qu’ils soient exploités par l'homme ou sources de nourriture pour certains poissons. Il convient de citer également le risque de destruction des frayères pour les espèces qui pondent sur le fond (hareng en Manche orientale et en Mer du Nord), dont l'intérêt commercial est important, et des nourriceries où se concentrent les jeunes individus. Les répercussions à plus long terme sont moins aisées à mettre en évidence. Elles sont difficiles à différencier des variations saisonnières ou annuelles naturelles. (...)

~ Les Matériaux Marins (Géosciences n°17 du BRGM)(pdf)(Octobre 2013) ~

Face à ces difficultés, les ressources marines sont-elles une solution ? « Les granulats marins, c’est à peine 2 % de la production nationale, remarque Mathieu Hiblot, de l’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG), et c’est une production qui n’a pas tendance à se développer. » Du côté de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), le son de cloche est un peu différent : « Cette réserve est de plus en plus sollicitée. Déjà, des demandes de permis de recherche de grande ampleur, sur des surfaces de 400 kilomètres carrés environ, sont déposées, laissant augurer une augmentation de la production de matériaux d’origine marine » (Voir lien article ci dessus). Dans la Manche, six nouveaux titres miniers ont été accordés entre 2011 et 2013, avec des autorisations d’extraction qui courent jusqu’en 2043. Parmi les groupements d’intérêt économique qui ont obtenu ces titres miniers, on retrouve de grands bétonneurs français comme Vinci ou Lafarge, ainsi que l’italien Italcementi ou le mexicain Cemex. Sur la façade atlantique, interviennent GSM, filiale du groupe Italcementi, ou encore Colas, filiale de Bouygues, en charge de la construction de routes et de la fabrication du béton. « Pour les régions situées à proximité de la côte, les gisements de granulats marins sont indispensables, concède un fonctionnaire du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. La Bretagne, la Loire-Atlantique, le Poitou-Charentes, déficitaires en granulats terrestres, sont des territoires attractifs, où la demande en béton est supérieure à la moyenne nationale (exceptée l’Île-de- France). »

Quels sont les risques pour les milieux marins ? L’UNPG assure que, « au bout de trois à cinq ans environ, la situation est à peu près revenue à l’état initial. Dans certains lieux, on a constaté un enrichissement de la biodiversité après dragage, l’évolution du milieu naturel ayant été propice à de nouvelles espèces. » L’Ifremer est un peu moins enthousiaste : « L’exploitation du fond de la mer, quels que soient son objectif et les précautions prises, entraîne des modifications temporaires ou permanentes du milieu marin. Ce système est complexe, et l’interdépendance des compartiments liquide, solide et vivant est telle que la modification de l’un d’eux peut entraîner une évolution irréversible du milieu. » L’étude d’impact que les entreprises doivent fournir quand elles déposent leur demande d’extraction est censée évaluer les risques pour le milieu et pour les activités économiques qui en dépendent. « Chez nous, elle a été bâclée, estime Odile Guérin. Elle a été faite trop rapidement et aucun état initial n’a été réalisé, alors qu’il est normalement obligatoire. » Qu’en pense la CAN ? Elle n’a pas répondu à nos questions. « L’entreprise n’a pas été transparente du tout, à aucun moment, ajoute Odile Guérin. Même les élus ont été prévenus du projet par voie de presse ! » Les citoyens de la baie de Lannion regrettent aussi de n’avoir pas été mieux entendus au cours de l’enquête publique. « La population a massivement participé à l’enquête publique, et plus de 99 % des avis étaient négatifs. Les treize communes concernées ont toutes dit qu’elles ne voulaient pas du projet. La communauté d’agglo a aussi dit non. Résultat ? Le commissaire enquêteur donne un avis favorable. À quoi ça sert de consulter la population si on ne tient pas compte de ce qu’elle demande ? »



Myriam Kieffer a écrit:

(...) En géologie, les plages sont appelées des « barrières », et ces barrières protègent l'arrière-pays. Si ces barrières sont affaiblis, les conséquences pourraient bien devenir problématiques pour les infrastructures construites par l'homme, plus de cent millions de personnes vivraient entre zéro et un mètre au-dessus du niveau de la mer, mais aussi induire une modification des différents biotopes. Le boom immobilier de ces dernières années, (Espagne, Maroc, Golfe persique, Chine, Singapour, etc.), a accéléré la demande en sable aux fins de constructions immobilières mégalomaniaques un peu partout dans le monde. Plusieurs se sont frotté les mains en vue du marché et des profits juteux qui s'ouvraient à eux. D'un point de vue technique et pour être utilisé en construction, le sable marin « doit être proprement rincé à l'eau claire avant d'être coulé dans le béton ». Le sable qui n'est pas rincé contient toujours de l'eau salée et est donc hautement corrosif. Certains intermédiaires fort peu scrupuleux n'hésitent pas à « brûler » cette étape pour des gains de temps et d'argent. (...)

~ L'Extraction de sable - Un enjeu environnemental et économique majeur (Sott)(Avril 2014) ~

Y a-t-il, au large de Lannion ou ailleurs en France, une menace de disparition des plages, comme le craignent certains riverains, élus ou professionnels du tourisme ? « Il y a beaucoup d’incertitude sur ce point, chaque côte et avant-côte ayant ses propres caractéristiques, souligne Eric Chaumillon. Une analyse spécifique doit être conduite sur chaque site d’extraction potentiel, en prenant en compte la profondeur d’eau, la distance à la côte, la distribution des bancs de sable, l’exposition de la côte, le climat des vagues, les courants de marée et le marnage, la direction et l’amplitude des tempêtes, la réfraction et la réflexion des vagues, la nature sédimentaire des fonds marins. » Les études d’impact qui accompagnent les demandes d’autorisation d’extraction tiennent-elles compte de ces différents paramètres ? Pas toujours, si l’on en croit les conclusions de l’enquête publique menée dans l’estuaire de la Gironde, où le groupe Italcementi aimerait aspirer quelque 400 000 mètres cubes de sable chaque année. Dans les scénarios étudiés par l’étude d’impact, le coefficient de marée le plus important pris en compte est 95, loin des situations critiques que connait fréquemment la région, avec des coefficients supérieurs à 100. Idem pour la houle, qui a été sous-estimée. « Le problème, selon Eric Chaumillon, c’est le cumul de pressions, avec des régions dans lesquelles on a construit trop près des côtes, et où il y a des tempêtes de plus en plus régulières. Extraire du sable dans ces endroits n’est pas forcément bienvenu même si les quantités prélevées sont faibles au regard des stocks disponibles. » Ailleurs dans le monde, les prélèvements de sable marin sont tels que des îles disparaissent, et que les plages sont avalées par les flots. Sorti en 2013, le documentaire de Denis Delestrac Le sable, enquête sur une disparition dresse un panorama de ces problèmes que l’auteur attribue en grande partie aux ponctions sauvages effectuées pour approvisionner le secteur du BTP, notamment en Asie et dans la péninsule Arabique (Voir message précedent). Les entreprises françaises qui interviennent dans ces parties du monde parviennent-elles à échapper à ce trafic ? D ’où vient le sable des usines des centrales à béton que Lafarge détient en Chine ? Comment Vinci et Bouygues s’approvisionnent-elles en granulats pour la construction des infrastructures de la Coupe du monde 2022 au Qatar ? Aucune de ces entreprises n’a donné suite aux sollicitations de Basta ! sur ces questions. La situation française n’a « rien à voir » avec ces régions du monde où l’on pille du sable directement sur les plages, ou à proximité immédiate de la côte, estime Eric Chaumillon. Mais « il faut rester prudent, le système côtier français étant globalement déficitaire ».

Existe-t-il des alternatives à cette extraction massive de sable ? Selon les professionnels du granulat, l’avenir n’est pas en mer, mais sur les plateformes de recyclage. Chaque année, 100 millions de tonnes de granulats sont récupérées sur les chantiers de déconstruction du BTP. L’essentiel de ces gravats sert aux sous-couches des routes. Mais des recherches sont menées pour tâcher de refaire du béton à partir de ces déchets. Lancé il y a cinq ans, le programme Recybéton a permis de conclure que « les granulats extraits de béton recyclé présentent un vrai intérêt technique, en plus de l’évident intérêt environnemental », indique François Jacquemot, pilote des travaux de recherches sur les bétons à plus faibles impacts environnementaux au Centre d’études et de recherche de l’industrie du béton (Cerib). Problème : l’absence d’intérêt économique. « Les granulats recyclés ne sont pas moins chers que les granulats neufs. Ce n’est pas incitatif. » Une entreprise comme Lafarge, deuxième producteur mondial de granulats et quatrième producteur de béton prêt à l’emploi, ambitionne de fabriquer 20 % de son béton avec des matériaux réutilisés ou recyclés. Mais pour le moment, elle en est à 0,3 %, et reconnaît que le déploiement à grande échelle « reste un challenge ». Grand consommateur de granulats via son activité de BTP et de construction de routes, le secteur public n’est pas particulièrement exemplaire. Les cahiers des charges exigeant un minimum de béton recyclé ou imposant des bâtiments dans lesquels on peut facilement récupérer le béton en fin de vie, n’existent pas ! « Il pourrait aussi y avoir des incitations financières via la taxe sur la partie décharge des chantiers de déconstruction, afin d’encourager à s’orienter vers le recyclage », souligne François Jacquemot. « Il y a un vrai travail de sensibilisation à mener du côté des maîtres d’ouvrage, qui pensent trop souvent que le béton recyclé est de moins bonne qualité », complète Mathieu Hiblot. « Il faudrait aussi revoir certaines normes de conctruction qui freinent voire empêchent l’utilisation de béton recyclé. »

Côté alternatives, il y a aussi les constructions qui se passent de béton. La terre, le bois et la paille sont des matériaux qui ont largement fait leurs preuves et qui présentent des bilans environnementaux bien meilleurs que le béton. Quelques maîtres d’ouvrages publics se sont lancés dans ce type de constructions, mais ils sont encore trop peu nombreux. Pour réduire la pression sur les granulats, il faudrait que les matériaux bio-sourcés cessent d’être ignorés dans les écoles spécialisées (IUT, CFA, écoles d’ingénieurs et d’architecture). On pourrait enfin, comme le suggère l’un des interlocuteurs du documentaire de Denis Delestrac, « oublier notre manie du gigantisme », qui nous fait construire de plus en plus d’autoroutes, de barrages gigantesques, de tours toujours plus hautes, « pour retourner vers des modes de vie plus simples ».

Nolwenn Weiler

Source de l'article : Les extractions de sable marin menacent-elles nos plages et notre littoral ? (Basta)(Avril 2016)

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