Follow Your Intuition

L'intuition est la vision anticipée d'une vérité : hypothèse pour le savant, rêverie pour le poète (Lucien Arréat)
 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerConnexion
Pour un supplément de liberté, pour un complément de fraternité et pour un mouvement vers l’égalité…
Rien de tel qu’un masque pour manifester dignement son mécontentement. Sans violence et en silence, s’il vous plaît... (Le Journal de Personne)

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartagez | .
 

 Les moyens mis en œuvre pour produire, préserver et propager l'agnotologie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Golden Awaken
Fondateur
Fondateur
avatar

Messages : 1318
Avez vous apprécié ce post? : 204
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 48
Localisation : Planète Terre (pour le moment)

MessageSujet: Les moyens mis en œuvre pour produire, préserver et propager l'agnotologie   Lun 3 Fév - 11:49

Les moyens mis en œuvre
pour produire, préserver et propager l'agnotologie


L’agnotologie est une discipline dont l’objet est l’étude de l’ignorance elle-même.
Comment est-elle créée, façonnée et cultivée?




Étudier ce qu’on ne sait pas : quelle drôle d’idée. C’est en réalisant qu’on s’intéresse beaucoup plus à la production des connaissances qu’à la manière dont la société fabrique et propage l’ignorance que Robert Proctor (université Stanford) a forgé, en 1992, ce mot saisissant : "Agnotologie." Cette "science de l’ignorance" était au centre d’un colloque qui s’est tenu du 30 mai au 1er juin 2011, au Centre d’études interdisciplinaires de l’université de Bielefeld, dans le nord de l’Allemagne. Car, depuis la fin des années 2000, le terme imaginé par l’historien des sciences américain n’est plus seulement un néologisme : il recouvre une discipline aux confins de la philosophie, de la sociologie et de l’histoire des sciences. Une discipline dont l’objet est l’étude de l’ignorance elle-même, mais aussi des moyens mis en œuvre pour la produire, la préserver et la propager. Le projet peut sembler abstrait. Il traite au contraire de questions d’actualité qui surgissent lorsque la science s’invite dans la société. Bien souvent, lorsque des technologies sont contestées, lorsque certains produits se révèlent être nocifs ou dangereux, des mécanismes agnotologiques se mettent en place. Dans le cas de l’industrie américaine du tabac, la publicité donnée, dès les années 1950, à des "études" trompeuses sur de supposés bienfaits de la cigarette est connue.



Mais d’autres manœuvres sont plus contre-intuitives. On le sait moins, mais les entreprises du tabac ont aussi subventionné, avec des sommes considérables, de la très bonne recherche biomédicale, dans des domaines comme la virologie, la génétique, l’immunologie, par exemple. Plusieurs Prix Nobel ont eu leurs travaux financés ainsi, explique Robert Proctor. Mais cette recherche n’était suscitée qu’à des fins de distraction. Il fallait documenter ce qui pouvait causer des maladies possiblement attribuables au tabac : lors des procès contre l’industrie, les avocats des industriels mettaient toujours en avant les risques viraux, les prédispositions familiales, etc., pour dédouaner la cigarette. Augmenter le savoir disponible peut être, paradoxalement, une façon d’accroître l’ignorance du public. "De fait, ceux qui veulent produire de l’ignorance sur un sujet donné prônent généralement "plus de recherche", renchérit l’historien des sciences Peter Galison (université Harvard). Le fait que tous les points de détail ne soient pas résolus permet de donner l’illusion qu’il y a débat sur l’ensemble de la question. D’ailleurs, le slogan des néocréationnistes américains c’est : "Enseignez la controverse"."


~ Enseigner des controverses ~

Comment cette forme d’ignorance se propage-t-elle dans la société ? Les médias ont leur part de responsabilité. "Une idée de l’objectivité très ancrée dans les médias veut qu’une bonne présentation d’un sujet oppose systématiquement deux points de vue contradictoires, dit M. Galison. Mais, dans certains cas, ne pas choisir, c’est précisément faire un choix !". Pour évaluer la pénétration du discours des industriels du tabac dans l’opinion, Robert Proctor s’est livré à une fascinante expérience. L’historien des sciences remarque, dans l’une des nombreuses notes internes confidentielles rendues publiques par l’industrie du tabac à la fin des années 1990, après une décision de justice, que les stratèges d’un grand cigarettier demandaient en 1975 à leur département de relations publiques de ne plus utiliser le terme "jeunes fumeurs". Celui-ci devait être remplacé par "jeunes adultes fumeurs". Robert Proctor a eu l’idée de rechercher cette expression dans les millions de livres numérisés par Google, en fonction de leur date de publication. Résultat : l’expression était absente de l’ensemble de la production éditoriale anglophone (romans, essais, ouvrages scientifiques, etc.) avant 1975 ; elle ne s’y propage rapidement qu’après son invention par l’industrie du tabac…



Il ne s’agit pas de propagation d’ignorance stricto sensu mais "cela permet de mesurer l’impact que peut avoir un simple mémo interne sur l’ensemble de la société", illustre M. Proctor. Aujourd’hui encore, ajoute le chercheur, "autour de 20 % des Américains pensent que le tabac n’est pas vraiment dangereux". Une proportion plus forte tient pour scientifiquement douteux la nocivité du tabagisme passif, alors que celle-ci est bien documentée – plus de 500 000 morts prématurées, chaque année dans le monde. Un célèbre mémo interne du cigarettier américain Brown & Williamson le dit, dès 1969, en termes crus : "Le doute est ce que nous produisons". Le projet agnotologique de l’industrie du tabac, assumé et formalisé dès les années 1950, a fait plus tard des émules, sur d’autres thèmes.


~ Doubt is Their Product ~

Avec grand succès. "Aux États-Unis, une bonne part de la population, jusqu’à la moitié selon certaines études, ont l’impression qu’il y a beaucoup de débats dans la communauté scientifique sur la réalité du changement climatique anthropique, explique l’historienne des sciences Naomi Oreskes (université de Californie à San Diego), auteure, avec Erik Conway, d’un récent ouvrage remarqué sur le sujet (Merchants of Doubt, Bloomsbury Press, 2010). En 2004, j’ai publié une étude (une analyse de la littérature scientifique, publiée dans la revue Science) qui montrait que cela était faux. Immédiatement, j’ai été attaquée et j’ai cherché à savoir qui étaient ceux qui m’attaquaient". Bien vite, l’historienne découvre "un mouvement très organisé de personnalités qui avaient prétendu, plusieurs années auparavant, que les pluies acides et le trou dans la couche d’ozone ne posaient pas de problème". Aux sources de ce mouvement, Naomi Oreskes identifie trois scientifiques américains de renom : William Nierenberg (1919-2000), Robert Jastrow (1925-2008) et Frederick Seitz (1911-2008), fondateurs en 1984 du George C. Marshall Institute, un think tank conservateur, véhicule de leurs idées. Or M. Seitz était également consultant au service du cigarettier RJ Reynolds. "Ce lien avec le tabac m’a rendue suspicieuse, car c’est un domaine scientifique qui n’a rien à voir avec les sciences de l’atmosphère, dit Mme Oreskes. C’était le signe que ces personnalités étaient engagées dans un projet politique et non dans un véritable débat scientifique sur la question climatique."


~ "Merchants Of Doubt" by Naomi Oreskes and Erik M. Conway ~
Mise en ligne le 11 févr. 2010 par BloomsburyUSA


~ Les Marchands de doute ~

Celui-ci se résume, selon l’historienne, à la défense de la liberté économique comme garante des libertés individuelles. Même aux yeux de grands chercheurs, les faits scientifiques peuvent être occultés par l’idéologie, résume en substance Mme Oreskes. "Ces scientifiques qui avaient fondé toute leur carrière sur l’utilisation de la science pour défendre les États-Unis contre l’Union soviétique ont vu, à la fin de la guerre froide, dans les sciences de l’environnement un avatar du communisme", explique l’historienne. D’où le lien avec le tabac : "De même qu’il y a une peur de voir le gouvernement réguler l’activité économique, il y a une vraie crainte qu’il s’immisce dans la vie privée, en intervenant sur des choix comme celui de fumer, etc." Dans la lignée du Marshall Institute, de nombreux think tanks américains, parfois financés par les intérêts des combustibles fossiles, enrôlent des scientifiques pour poursuivre, sur la question climatique, l’œuvre agnotologique commencée à la fin des années 1980. Avec les mêmes moyens : publication de livres, de rapports, de communiqués de presse, de tribunes publiées dans la presse… "Leur production ressemble à de la science, avec des notes de pied de page et des références, mais elle n’en emprunte pas les canaux habituels", note l’historienne.



Avec un nouvel allié de poids : le Net. "Une fois que ces arguments sont injectés sur le Net, ils ne peuvent plus être arrêtés ou contrés, ajoute Naomi Oreskes. Dans les forums en ligne, ils sont mis en avant et suscitent des discussions sans fin." Instrument de l’accès au savoir, Internet est aussi devenu, paradoxalement, une pièce maîtresse du dispositif agnotologique. Sur de nombreuses questions relatives au climat, "un honnête citoyen ne peut plus s’informer en cherchant des informations sur Google", conclut l’historienne.

Stéphane Foucart

Source de l'article : L'ignorance : des recettes pour la produire, l'entretenir, la diffuser



Dernière édition par Golden Awaken le Ven 20 Fév - 13:00, édité 2 fois (Raison : Modification lien Images)
Revenir en haut Aller en bas
http://followyourintuition.forumactif.org
Golden Awaken
Fondateur
Fondateur
avatar

Messages : 1318
Avez vous apprécié ce post? : 204
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 48
Localisation : Planète Terre (pour le moment)

MessageSujet: Industriels de l’ignorance...   Sam 15 Nov - 16:08

Industriels de l’ignorance...

Robert Proctor, professeur d’histoire des sciences de l’université Stanford (Californie),
fonde en 1992 une discipline qu’il baptise « agnotologie », étymologiquement, la science de l’ignorance...




PSL Research University a écrit:

(...) L'agnotologie est l'envers de l'épistémologie : elle étudie les bases conceptuelles et la genèse sociohistorique de l'ignorance, ce que fait l'épistémologie à l'égard du savoir. La symétrie n'est cependant pas parfaite, car les producteurs d'ignorance sont rarement amenés à produire du savoir, alors que les producteurs de savoir sont entourés de vastes étendues d'ignorance, qu'elles soient restées hors de la portée de l'enquête ou qu'elles aient été créées par elle. C'est ainsi que la coupable industrie de l'ignorance intentionnelle profite de la production « naturelle » d'ignorance pas la science. (...)

~ Colloque international « Agnotologie, genèses de l’ignorance » Ignorance (13-15 juin 2013) ~

Entendant analyser les processus de création et d’entretien de l’obscurantisme, il découvre bientôt que certains acteurs influents de la vie collective sont des spécialistes du brouillage scientifique… et que ces fabricants d’ignorance remportent de nombreux combats. En novembre 1998, après plusieurs années de poursuites intentées par quarante-six Etats des Etats-Unis contre des géants du tabac, un accord est conclu. En échange de contreparties financières et réglementaires, les cigarettiers acceptent de confier leurs archives à l’American Legacy Foundation. Parmi ces dizaines de millions de pages, des documents tenus secrets (rapports, blocs-notes) deviennent accessibles aux journalistes et aux chercheurs. Proctor s’en est servi pour enquêter sur les immenses moyens déployés pour que la nocivité de ces activités apparaisse le plus tard possible. En février 2012, après de multiples procès intentés par les industriels du tabac, qui cherchent à consulter ses travaux avant parution, il publie un ouvrage, qui vient d’être traduit en français (Voir message précédent). On y découvre l’énormité des mensonges et l’ampleur de l’influence des fabricants dans les médias, les domaines scientifiques et culturels. Ainsi, tout fut fait pour qu’au cinéma le geste du fumeur apparaisse comme un moment de liberté et non comme la promesse d’un cancer futur.

Ces archives s’avèrent également une mine d’informations pour Stéphane Foucart, journaliste scientifique au Monde, naguère célébré ou contesté pour ses attaques virulentes contre le « populisme climatique » incarné selon lui par M. Claude Allègre. Dans un livre paru l’année dernière et qui vient d’être réédité, il détaille comment les industriels de l’amiante, de la chimie ou de l’agroalimentaire ont rapidement imité et accompagné leurs collègues cigarettiers : publication de recherches biaisées sur le cancer, financement de travaux climato-sceptiques, dénigrement des chercheurs signalant les dangers des perturbateurs endocriniens, aides en tout genre pour des études qui évitent soigneusement de parler des effets des pesticidesLes méthodes sont variées, mais l’objectif est toujours le même : fausser le débat démocratique en introduisant toujours plus d’éléments de doute dans le processus de décision.



Cette obstination des industriels dans la dissimulation mènera-t-elle à l’effondrement de notre civilisation ? Dans un petit ouvrage, à mi-chemin entre l’essai et la science-fiction, Erik Conway et Naomi Oreskes imaginent l’analyse qu’un historien chinois du futur pourrait faire de notre inaction devant les changements climatiques. A partir de nombreuses situations actuelles (et de quelques événements inventés par les auteurs), l’observateur est catégorique : nous savions, mais le déni et l’aveuglement (aidés par le système de marché et la dépendance aux énergies fossiles) nous ont désarmés.

Quelques années plus tôt, Conway et Oreskes avaient déjà souligné la cécité volontaire des conservateurs américains. Idéologiquement opposés à toute intervention de l’Etat, de nombreux représentants du Parti républicain ont rejeté les résultats scientifiques pouvant venir à l’appui de réglementations écologiques.Leur distraction favorite consistait à comparer les environnementalistes à des pastèques : verts au-dehors et rouges au-dedans.  Dans leurs discours, ils ne valident les résultats scientifiques qu’à l’aune de leur utilité politique : il y aurait d’un côté la « science solide » utile aux industriels et de l’autre la junk science, aux résultats idéologiquement dangereux. L’ignorance a de beaux jours devant elle.



Florent Lacaille-Albigès

Source de l'article : Industriels de l’ignorance (Le Monde Diplomatique)

Revenir en haut Aller en bas
http://followyourintuition.forumactif.org
 

Les moyens mis en œuvre pour produire, préserver et propager l'agnotologie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Hollywood Chewing-Gum
» Prix pour la production de votre rapport d'impôt
» Moyens pour détecter la dyslexie ?
» Lire les étiquettes de nos cosmétiques pour les nuls
» Visa pour la Belgique

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
Follow Your Intuition :: Actualités Mondiales :: Manipulations Sociétales-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet